Du
6e au 15e siècle
Le
Moyen Age français est une période longue de près
de mille ans, comprise entre la fin de l'Empire romain d'Occident (476)
et la restauration du pouvoir royal en France, vers la fin du 15e siècle.
Cette période est caractérisée par le morcellement
du royaume en clans rivaux, la montée en puissance de
l'Eglise romane et la domination d'une classe de nobles
sur la vaste majorité de la population. Même si le latin
est largement utilisé à travers l'Europe par l'élite
intellectuelle qui enseigne dans les grands centres universitaires de
France (Paris, Toulouse, Montpellier), c'est la langue romane
qui domine, un mélange de latin, de celte et de germain. Dès
le 11e siècle, les oeuvres littéraires sont le fait de
poètes voyageurs se déplaçant de châteaux
en châteaux pour y produire leurs chansons de geste. Les
trouvères chantent en langue d'oïl, constituée
par les dialectes du nord de la Loire, alors que les troubadours
s'expriment en langue d'oc (dialectes du Sud). Ces oeuvres célébraient
d'abord les exploits guerriers des seigneurs puis peu à peu,
s'inspirant des moeurs courtoises de la cour, les poèmes
ont chanté l'amour et les devoirs d'hommage du chevalier envers
sa dame. Le Moyen Age laisse aussi un extraordinaire héritage
architectural avec la multiplication des villes souvent entourées
de fortifications, ainsi qu'avec l'épanouissement de l'art
roman vers le 10e siècle, puis de l'art gothique à
partir du 13e siècle.
Les Mérovingiens
Les
Francs, qui occupent un royaume dans le nord de la Gaule, couronnent
en 481 leur nouveau roi Clovis (465-511), qui n'a que 15 ans.
Avec lui, ils fondent la dynastie mérovingienne, du nom
d'un de leurs ancêtres, Mérovée. C’est aussi avec
ce nouveau roi que s’amorce la lente reconstruction de l’unité
de l’ancienne Gaule romaine et du futur royaume de France. L'ambition
de Clovis est de former un grand royaume qui englobe tous les peuples
germaniques qui se sont installés en Gaule. Il combat ainsi et
soumet les armées de Syagrus, dans le centre et l'ouest de la
Gaule, puis les Alamans dans la vallée du Rhin et enfin les Wisigoths
en Aquitaine. Converti au christianisme en 496 à la suite
de son mariage avec Clotilde, le roi Clovis ajoute à son
domaine celui des Burgondes, dont son épouse est l'héritière.
Clovis parvient de cette façon à réaliser vers
la fin de son règne une certaine cohésion territoriale
et culturelle du pays en réunissant sous son contrôle des
Gallo-Romains, au nord de la Loire et des Germains, au sud. C'est aussi
pendant cette période que Paris, l'ancienne Lutèce,
devient la capitale du royaume franc, prenant la place de Lyon, la préférée
de Rome. Clovis représente dans l’histoire de France la première
étape de la fusion progressive des civilisations originaires
de l'Europe de l'est et de l’héritage gallo-romain qui coexistent
dans le pays à cette époque.
A
la mort de Clovis au début du 6e siècle, bien que l’unité
culturelle qu’il a construite résiste, ses héritiers entrent
dans des querelles de rivalités qui conduisent à des partages
du royaume dans une confusion qui durera 250 ans. En dépit de
ces divisions, certains rois, tels que Clotaire II, Dagobert et Childeric
II parviennent à préserver une cohésion au royaume.
Avec les rois mérovingiens qui se succèdent, certaines
régions émergent et dominent : au sud, l’Aquitaine, la
Provence et la Bourgogne; au nord, la Neustrie et l’Austrasie. Mais
l’image principale qui reste de cette époque est une succession
de rois fantoches et décadents (les rois fainéants)
dépourvus de réel pouvoir, manipulés d’une part
par les maires qui contrôlent l’administration du palais
et d’autre part une aristocratie de province dont la montée en
puissance provient de leur détention de vastes domaines partout
dans les provinces.
Les Carolingiens
En
732, Charles Martel, un Austrasien, chef de Neustrie, repousse
avec succès une invasion arabe (les Sarrasins) à Poitiers.
Cette victoire lui permet de consolider son pouvoir et d’étendre
son influence dans toutes les régions de l’ancienne Gaule. Son
fils Pépin III, dit Pépin le Bref, se fait élire
roi des Francs en 751 à Soissons dans une cérémonie
réunissant les nobles du royaume et au cours de laquelle il reçoit
la bénédiction des évêques. Trois ans plus
tard, Pépin est à nouveau sacré, par le pape cette
fois, à Saint Denis, près de Paris. Ces sacrements ont
une signification particulière pour l’avenir de la royauté
en France, car ils illustrent la nouvelle personne sacrée du
roi, désormais investie de l’autorité divine qui lui est
donnée par les représentants de l’Eglise, associés
ainsi à l’autorité royale. Avec le sacrement de Pépin
le Bref, c’est aussi une nouvelle dynastie qui commence, celle des Carolingiens.
Charlemagne
hérite du pouvoir à la mort de Pépin le Bref. Il
renforce l’unité du pays commencée sous le règne
de son père tout en créant un empire dont le territoire
s'étend bien au-delà du royaume franc, jusqu'au Danube
et dans l'Italie du nord. Allié des papes, de qui il reçoit
la bénédiction en 800 lorsqu’il est sacré empereur
à Rome, il intervient personnellement dans le nord de l’Italie
contre les Lombards, en Espagne contre les musulmans, en Saxe contre
les païens et en Bavière contre les descendants des Huns.
Entre temps, Charlemagne le pieux "invente" l’école,
selon la mythologie française, en créant des écoles
monastiques pour les enfants. Il répartit son empire en royaumes
qui sont subdivisés en comtés et en diocèses. Les
premiers sont administrés par des comtes et les seconds supervisés
par des évêques que l'empereur nomme lui-même. Ces
entités territoriales jouissent d'une certaine autonomie mais
doivent suivre les directives religieuses émises par l'Etat.
Durant
le long règne de Charlemagne, de 768 à 814, l’empire des
Francs chrétiens atteint une apogée, il constitue la force
dominante en Europe occidentale. Cette époque est particulièrement
brillante et féconde pour les arts, à telle point qu'elle
a été nommée la renaissance carolingienne.
Mais l'empire se morcelle à nouveau après la mort de Charlemagne,
il ne résiste pas aux querelles de ses héritiers. En 843,
par un accord entériné à Verdun, ses trois petits-fils
se partagent l’empire; c'est probablement dans ce partage que commence
véritablement l'histoire du royaume de France : Charles le
Chauve règne sur la Francia Occidentalis (Aquitaine
et Neustrie); Louis le Germanique sur la Francia Orientalis
(de la Saxe au nord jusqu’à la Bavière au sud); enfin,
Lothaire s’arroge un royaume situé entre les deux précédents,
la Lothargie, qui comprend la Lorraine, la Bourgogne, la Provence
et la Lombardie. Ce royaume intermédiaire fera l’objet d’incessants
combats entre la future France, à l'ouest, et la future Allemagne,
à l'est.
Par
ailleurs, de nouveaux envahisseurs venus du nord, les Vikings,
appelés aussi les Normands, font de fréquentes incursions
dans le royaume, comme partout en Europe. Leurs drakkars, de
longs navires à fond plat, leur permettent une grande mobilité
en mer et sur les fleuves. Ils menacent Paris deux fois, en 845 puis
en 885, lorsqu’ils en font le siège durant une année avec
20 000 hommes, se retirant finalement contre une forte rançon.
Les Vikings s'installent définitivement dans la partie nord-ouest
de la France vers la fin du 9e siècle. Ce territoire deviendra
en 911 le duché de Normandie, après la signature
d'un traité de paix entre Charles III, roi de Francia
Occidentalis depuis 898 et Rollon, chef normand, à qui
le roi offre sa fille en mariage, selon la tradition. Rollon a un illustre
descendant, Guillaume de Normandie, qui conquiert l'Angleterre
en 1066 et en devient le premier roi.
Les Capétiens
En
987, à la mort de Louis V, dernier roi carolingien, Hugues
Capet accède au trône. Il est le premier monarque de
la longue dynastie des Capétiens directs, qui durera près
de 350 ans, jusqu’au début du 14e siècle. Par ses différentes
branches, la lignée capétienne continuera jusqu'au 19e
siècle, avec Charles X, dernier roi de France. L'ère nouvelle
qui débute avec le premier des Capétiens est marquée
par son organisation de type féodal, déjà mûrie
sous les Carolingiens. Dans ce système, chaque sujet est un vassal
qui jure fidélité et soutien à un seigneur
plus important, le suzerain, qui lui offre en échange
sa protection et une terre, nommée le fief (lat. feodum,
d'où l'adjectif féodal). Cette organisation pyramidale
d’autorité et de subordination réciproques remonte jusqu’au
roi, qui siège au sommet de la hiérarchie, sans que ce
dernier ait à se mêler des échelons inférieurs.
L'une des conséquences majeures de la mise en place d'un tel
système a été le développement sans précédent
des terres cultivées à l'intérieur du royaume,
ainsi que la multiplication des villes, témoignant de l'essor
économique des régions. Par ailleurs, les Capétiens
instaurent la monarchie héréditaire, par laquelle
le fils aîné hérite automatiquement du trône
de France. Les autres fils reçoivent un apanage, c'est-à-dire
un territoire vassal mais indépendant qui leur appartient en
droit et qu'ils transmettent à leurs héritiers. L'apanage
représente un grand danger pour le roi, car ce système
fragmente le royaume et certaines provinces peuvent se retourner contre
lui, comme cela a été le cas au 14e sècle pour
la puissante Bourgogne.
Le
11e siècle marque aussi le début des Croisades,
dont la première a lieu en 1095. A l’appel du pape, les chrétiens
d’Occident se mobilisent pour se rendre à Jérusalem et
en chasser les Turcs qui occupent la ville sainte depuis vingt ans.
Des foules massives venues de toutes les régions d’Occident se
dirigent vers le lieu mythique de la naissance du Christ. Malgré
la lourdeur des pertes humaines qu’entraînent les nombreuses batailles
et les périls du voyage, les Chrétiens parviennent à
libérer Jérusalem en 1098. Cette croisade provoque un
fort sentiment d’unité à travers tout le monde chrétien,
sept autres croisades auront lieu au cours du 12e et du 13e siècles.
En
1137, Louis VI, dit le Gros, cinquième des rois capétiens,
trouve la mort. Quelques semaines plus tôt, il a arrangé
le mariage de son fils le dauphin Louis, 17 ans, à la belle Aliénor,
15 ans, comtesse du Poitou et seule héritière du vaste
duché d'Aquitaine. Cette alliance, avant tout politique, permet
au royaume capétien d'élargir pour la première
fois son influence au sud de la Loire. Aliénor, sensible et cultivée,
est malheureuse dans ce mariage, qui la contraint à vivre parmi
les chevaliers du Nord qui ne pensent qu'à la guerre. Pire, elle
ne conçoit pas d'enfant pour la succession du roi. En 1147, alors
qu'elle accompagne son époux Louis VII pour la seconde
croisade, on la soupçonne même d'adultère. Au retour
de la croisade, qui lui a fait connaître Byzance, Antioche et
Jérusalem, Aliénor donne enfin naissance à un enfant,
mais c'est une fille... Louis VII décide alors en mars 1152 de
répudier la reine et de divorcer. Aussitôt le concile terminé,
Aliénor rentre en Aquitaine et épouse peu après
son jeune et bel amant, Henri Plantagenêt, duc de Normandie
et de Bretagne, comte d’Anjou, de Touraine et du Maine et, désormais,
duc d'Aquitaine. Deux ans plus tard, à l’âge de 21 ans,
Henri Plantagenêt devient roi d’Angleterre et contrôle
plus de la moitié du royaume de France. Henri Plantagenêt,
vassal du roi, est en fait bien plus puissant que Louis VII, son suzerain.
Quant à l'Aquitaine, perdue pour les Capétiens par un
mauvais mariage, elle restera sous la domination anglaise pendant trois
siècles.
En
1200, Aliénor, reine d'Angleterre, décide de renouer les
liens avec le royaume de France dans l'espoir de mettre un terme aux
hostilités entre les deux pays. Elle parvient à conclure
le mariage de sa petite-fille, Blanche de Castille avec Louis,
fils de Philippe Auguste (1180–1223). Cependant, si cette union
réussit cette fois au plan sentimental, elle échoue au
plan politique : Philippe Auguste, septième des rois capétiens,
fils de Louis VII, est décidé à reconquérir
le territoire perdu aux Anglais. Sous son règne, le royaume s’élargit
à nouveau, il inclut désormais la Normandie, le Poitou,
la Touraine et l’Anjou (voir carte).
Philippe Auguste remporte une victoire décisive à Bouvines
(1214) contre les alliés de Jean Sans Terre (1167-1216),
roi d’Angleterre, fils d'Henri II Plantagenêt et d'Aliénor,
et frère de Richard Coeur de Lion, son prédécesseur
sur le trône.
Saint Louis (1215-1270)
Le
petit-fils de Philippe Auguste devient roi à l’âge de 12
ans, en 1226, son père ayant trouvé la mort au cours d’une
croisade, trois ans après le début de son règne.
Louis IX est sacré à Reims, alors que la cathédrale
est encore en construction. Sa mère, Blanche de Castille, assure
la régence jusqu’à la majorité du jeune roi, qui
sera célèbre sous le nom de Saint Louis, après
sa canonisation en 1297. Le long règne de Louis IX, qui prend
fin en 1270, lorsqu’il meurt du typhus devant Tunis, marque l’apogée
de l’ère capétienne. Ce roi à la fois aimé
et craint de ses sujets renforce le pouvoir royal autour de la personne
du roi, tout en créant un système par lequel chaque sujet
peut porter plainte directement à la cour royale contre les abus
des autorités seigneuriales locales. Cette procédure remet
en cause les structures essentielles du système féodal,
selon lesquelles le peuple est à l’extrêmité de
la chaîne du pouvoir. Cette initiative a fait de Saint Louis un
roi plus proche de ses sujets dans l’imagination populaire en même
temps qu’elle renforçait sa position d’arbitre suprême.
A Paris, un collège pour les pauvres est fondé en 1257,
qui deviendra plus tard un des principaux centres du savoir en Europe,
l'Université de la Sorbonne.
Saint
Louis acquiert une réputation de roi chrétien en participant
à deux croisades et en exigeant de son peuple une ferveur sans
concession, à la mesure de sa propre dévotion. C’est durant
son règne que s’épanouit l’art gothique, avec la construction
de la Sainte Chapelle à Paris, ainsi que celle des cathédrales
de Reims, de Chartres et d’Amiens, chefs-d'oeuvre
de l'art gothique. Son règne apporte aussi la paix au pays, et
une certaine prospérité économique. En revanche,
les guerres ne sont pas absentes durant cette période, le Traité
de Paris en 1259 met fin aux hostilités avec l'Angleterre, par
lequel plusieurs provinces du sud-ouest de la France sont remises à
Henri III.
Faute
d’héritier mâle, la dynastie des Capétiens s’achève
en 1328, à la mort de Charles IV, l’un des arrières-petits-fils
de Saint Louis. La loi salique, publiée en 1316, interdit
en effet aux femmes la succession au trône. La couronne de France
passe ainsi à la branche des Valois, représentée
par Philippe VI, fils de Charles de Valois, lui-même fils
cadet de Philippe III (1245-1285), le successeur de Saint Louis.
La guerre de Cent Ans (1337–1453)
Ce
changement de dynastie coïncide avec l’une des périodes
les plus sombres de l’histoire de France. L’ennemi est désormais
l’Angleterre et lorsqu’il arrive au pouvoir, Philippe VI veut reprendre
au royaume d’Outre Manche les territoires du sud-ouest qui ont été
concédés sous le règne de son père. Toutefois,
les armées des chevaliers du roi de France ne parviennent jamais
à être à la hauteur des soldats d’Henri III. Il
s’ensuit des défaites catastrophiques des Français contre
les Anglais, d’abord à Crécy (1346), puis à
Calais (1347). Peu après, une grave épidémie
de peste noire sévit sur le pays. Apparue en 1347 à
Marseille, elle s’étend rapidement sur tous le pays et fait des
millions de victimes, que l’on estime à un tiers de la population
de France. La catastrophe est telle et les médecins si impuissants
qu’elle provoque des comportements extrêmes parmi la population,
tels que le massacre de populations juives (Strasbourg, 1349), accusées
d’être à l’origine du mal. D’autres épidémies
au cours du 14e siècle ajouteront encore au désastre démographique
et économique qui a frappé le royaume.
A
la mort de Philippe VI, Jean Le Bon accède au trône
(1356) et engage à nouveau la guerre contre l’Angleterre, sans
plus de succès que son père toutefois. Ses défaites
successives, en particulier à Poiters en 1356 lorsqu'il
est fait prisonnier, conduisent à la paix de Calais (1360),
par laquelle la France concède à l’Angleterre la ville
de Calais et surtout, l’ensemble du sud-ouest du royaume.
Charles
V (1364–1380), fils de Jean le Bon, entreprend avec plus de succès
une reconquête du royaume a lieu et vers la fin de son règne,
les Anglais ne possèdent plus que quelques villes, dont Bordeaux,
Brest, Calais et Cherbourg. Toutefois, la situation se renverse à
nouveau au cours du règne de Charles VI (1380-1422), son
successeur. Deux facteurs essentiels contribuent à ce retournement
: d'une part, les crises de démence fréquentes de Charles
VI, qui l'empèchent de gouverner le royaume; d'autre part, un
climat de guerre civile est provoqué par la grave scission entre
Armagnacs, à l’ouest du pays et en Ile de France, et
une nouvelle puissance, celle des Bourguignons, à
l’est et au sud. Ces derniers sont conduits par le duc de Bourgogne,
Jean sans Peur. Henri V, roi d’Angleterre, profite de ce conflit
et enregistre une victoire éclatante sur les armées de
Charles VI à la bataille d'Azincourt (1415), au cours
de laquelle 5000 Français trouvent la mort, dont de nombreux
nobles de la cour. Cette victoire décime l'armée française
et entraîne d'autres succès militaires de l'Angleterre,
qui reprend finalement la Normandie, passée sous le contrôle
de la France depuis deux siècles.
La
situation devient désespérée lorsque Jean sans
Peur est tué en 1419 par le dauphin Charles et le clan des Armagnacs.
Son fils et successeur Philippe le Bon s’allie alors avec Henri
V dans le but d'affaiblir les Valois. En raison de la maladie mentale
qui empêche Charles VI de gouverner, c'est la reine Isabeau
de Bavière qui préside la régence; face à
ces ennemis puissants, elle ne peut résister longtemps et consent
finalement à signer le Traité de Troyes, en
1420. Selon les termes de cet accord, Catherine de France,
la fille de Charles VI et d'Isabeau, est donnée en mariage au
roi d'Angleterre. Par ailleurs, le dauphin Charles est déshérité
et la couronne de France doit revenir à Henri V à la mort
du roi. Le royaume de France est ainsi remis aux Anglais. Même
si ce plan ne réussit pas complètement en raison de la
mort d'Henri V en 1422 (la même année que celle de Charles
VI), ce traité marque une date sinistre de l’histoire de France,
il signifie la fin de la cohésion nationale construite lentement
par les Capétiens et les Valois. Il semble que le pays est ramené
à une situation comparable à celles qu’il a déjà
connues au premier siècle avant notre ère avec la conquête
romaine, ou au 5e siècle avec les invasions barbares.
Jeanne d’Arc (1412-1431)
Le
rôle et le symbolisme de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle
d’Orléans, sont cruciaux à la fois pour l’histoire de
France et pour l’imaginaire collectif français. Son histoire
est un mélange d'héroïsme et de magie : cette fille
de paysans de Lorraine, profondément pieuse et qui entend des
voix divines lui demandant de remettre le dauphin Charles sur
le trône de France, incarne le renouveau de l’esprit de nation
parmi le peuple français contre l’envahisseur d’Outre Manche.
Au
moment où Jeanne commence sa mission qui lui est commandée
par Dieu, la France est sous la régence du duc
de Bedford, le frère
d'Henri V, roi d'Angleterre. Charles le dauphin, personnage faible et
sans charisme, n'est reconnu comme roi que dans certaines provinces
du Centre et du Sud de la France, ce qui lui vaut le surnom moqueur
du "roi de Bourges".
Après plusieurs tentatives pour rencontrer le roi, Jeanne est
finalement amenée au palais. Méfiant, Charles se déguise
et se cache parmi la foule des courtisans tandis qu'un autre prend sa
place. Pourtant, Jeanne, qui n'a jamais vu le dauphin, se dirige aussitôt
vers Charles et lui fait part de son intention de délivrer Orléans,
ville favorable aux Valois mais assiégée par les Anglais.
Après d'autres épreuves qui lui permettent finalement
de gagner la confiance de la cour, elle reçoit une armée,
un drapeau et des armes pour accomplir sa mission. Partie à la
tête des troupes du dauphin à l’assaut d’Orléans,
elle parvient à délivrer la ville en 1429. Son second
objectif est de faire couronner Charles à Reims, une ville
située en territoire bourguignon, afin d'assurer la légitimité
du prétendant au trône de France. Quelques semaines plus
tard, elle réussit, le dauphin est enfin couronné et devient
le nouveau roi de France, Charles VII.
Ce sacre est important, mais la reconquête du royaume de France
est encore plus cruciale. Charles VII hésite, et cette hésitation
conduit finalement à la capture de Jeanne d'Arc par les Bourguignons
à Compiègne, près de Paris, en 1430. Vendue
aux Anglais, Jeanne est transférée à Rouen où
elle est jugée. Le procès la déclare hérétique,
et elle est brûlée en 1431 sur une place de Rouen. Au milieu
des flammes, Jeanne criait encore le nom de Jésus. La mort de
Jeanne d’Arc pourtant ne stoppe pas le processus de reconquête.
Pour combattre plus efficacement les occupants anglais, Charles VII
s’allie finalement à Philippe le Bon, duc de Bourgogne, par le
Traité d’Arras (1435). Même si le traité
laisse d’énormes concessions territoriales et politiques au duc
de Bourgogne (il n'est plus désormais un vassal), cette alliance
retrouvée reconstitue l’unité des Français. Les
Anglais sont chassés de Picardie, puis plus tard, de Normandie
(1450) et finalement, tout le sud-ouest est reconquis en 1453, y compris
la Guyenne (autour de Bordeaux) où les Anglais étaient
installés depuis trois siècles. Ces victoires marquent
la fin de la guerre de Cent Ans.
L’unité
du royaume de France est achevée par Louis XI, le successeur
de Charles VII en 1461. Le nouveau roi engage immédiatement la
lutte contre les anciens alliés de l'Angleterre, représentés
désormais par Charles le Téméraire (1433-1477),
duc de Bourgogne. Lorsque Charles prend en 1467 la succession de son
père Philippe le Bon, le territoire qu'il hérite comprend
non seulement la Bourgogne et la Franche Comté, mais aussi le
Luxembourg, la Belgique et la Hollande. Cette puissance représente
une menace considérable pour Louis XI, qui sait que Charles rêve
d’un état indépendant encore plus grand qui rivalise avec
le royaume de France. Pendant dix ans, Louis XI et Charles le Téméraire
s'affrontent dans des batailles. En janvier 1477, à Nancy, Charles
est finalement tué au combat et ses armées se dispersent.
Sa mort marque la fin de l'Etat bourguignon : les héritiers de
Charles remettent la Bourgogne et la Picardie à Louis XI. Quand
ce dernier meurt à son tour, en 1483, les Valois ont encore réuni
sous leur autorité l’Anjou, le Maine et la Provence.
Le
15e siècle a été une période difficile pour
le royaume de France, la rivalité entre Armagnacs et Bourguignons
aurait pu lui être fatale. Pourtant, la France sort renforcée
de ce siècle d'affrontements, et elle entre alors dans une nouvelle
période, la Renaissance,
largement suscitée par son attrait pour le voisin du sud,
l’Italie.
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Denis C. Meyer-2003