ANTILOGIE
Contradiction
entre les idées. Contradiction dans les termes.
Ex.
1 : Même si c’est vrai, c’est faux (Michaux).
Ex.
2 : C’est assez vague pour être clair, n’est-ce pas
? (Vian).
Ex.
3 : Sur le coup de cinq heures et demie six heures (Queneau).
L’antilogie
s’apparente au sophisme,
au paralogisme, elle est un défaut de raisonnement.
L’antilogie appartient au paradoxe.
Antonyme
: tautologie.
ANTIPHRASE
On emploie un mot dans un sens contraire à celui qui lui
est naturel. Elle peut prendre prendre la forme d’une menace voilée
ou masquer l’ironie.
Exemples
: Ne vous gênez pas ! Tu peux te douter que je vais bien la
recevoir.
L’antiphrase
dérive d’une affirmation implicite telle que : "ce que nous
voulons dire est si vrai qu’on peut même dire le contraire sans
danger d’être mal compris".
L’intonation,
le contexte jouent un rôle fondamental pour cette figure. Dans
une locution telle que C’est gai! on se rapproche de l’euphémisme.
Voir aussi à litote.
Autre
déf. : Manière de s’exprimer qui consiste à dire
le contraire de ce que l’on pense (Lexis).
ANTITHESE
Présenter,
mais en l’écartant ou en la niant, une idée inverse, en
vue de mettre en relief l’idée principale.
Ex.
: D’autres préfèrent le monologue intérieur,
moi non, j’aime mieux battre (Michaux).
Autre
ex. : Le Canada est le paradis de l’homme d’affaires, c’est l’enfer
de l’homme de lettres (Fournier).
C’est
un mode courant de soulignement : Cela et pas autre chose.
Autre
déf. : Mode d’expression consistant à opposer dans le
même énoncé deux mots, ou groupe de mots, de sens
opposé (Dubois) : Et monté sur le faîte, il aspire
à descendre (Corneille).
Pour
Reboul, c’est une figure qui fait ressortir une contradiction en la
plaçant à l’intérieur d’une répétition
: La France a perdu une bataille, mais la France n’a pas perdu la
guerre (de Gaulle).
Voir
chiasme.
ANTONOMASE
Prendre
un nom commun pour un nom propre, ou un nom propre pour un nom commun.
Autre
déf. : Synecdoque
désignant une espèce par le nom d’un individu, ou désignant
un individu pour une espèce (Reboul).
Ex.
: César pour les dictateurs, Harpagon pour avare,
Cicéron pour orateur, le Corse pour Napoléon,
Londres pour le gouvernement anglais, le Quai d’Orsay
pour les Affaires étrangères, l’Hexagone pour la
France.
APHERESE
Chute
du phonème initial ou suppression de la partie initiale (une
ou plusieurs syllabes) d’un mot.
Le
démonstratif latin illum, illam a donné,
par aphérèse, les articles français le et
la. Le mot boutique a été probablement obtenu par
aphérèse du grec apothéké (magasin).
Il peut aussi s’agir d’abréviation à rebours : bus
pour autobus.
L’aphérèse
peut être considérée comme le contraire de l’apocope.
Voir
à métaplasme.
APOCOPE
(apokoptein,
retrancher).
Retranchement
d’une lettre ou d’une syllabe à la fin d’un mot.
Ex.
: Encor pour encore.
L’aphérèse
est la suppression d’une syllabe ou d’un son à l’initiale : t’y
vois core moins clair que moi – (Joyce).
L’élision
est l’apocope d’une voyelle finale devant un mot commençant par
une voyelle.
L’apocope
intervient souvent dans la langue parlée sur les finales liquides
: tab, prop, quat, chasub, c’est pas croyab !
Voir
à métaplasme.
APODIOXIE
Refus
argumenté d’argumenter, soit au nom de la supériorité
de l’orateur, e.g., je n’ai aucune leçon à
recevoir, soit au nom de l’infériorité de l’auditoire,
e.g., ce n’est pas à vous de me donner des leçons.
Elle
est une sorte de violence verbale (Reboul).
Autre
déf. : En rhétorique, l’apodioxie est le rejet véhément
et indigné d’un argument jugé absurde de l’adversaire.
L'apodioxie
peut rester implicite : dans le slogan Black is beautiful, l'apodioxie
est intégrée à la formule; on revendique ce pourquoi
on est méprisé, en retournant la doxa, l’opinion
commune.
Autres
exemples : Le lait est-il un aliment ? Une telle discussion dépasserait
le cadre de cet article (Jarry). Nous en discuterons en temps
et lieu, car il serait trop long d’en deviser à présent.
Voir
aussi à prolepse,
anticipation des arguments de l’adversaire.
APPOSITION
Caractérisation
ou identification d’un substantif ou d’un pronom par un substantif,
qui le suit.
Ex.
1 : Déjà coulait le sang, prémices du carnage
(Racine).
Ex.
2 : Nuit, mon feuillage et ma glèbe (Char).
APOSTROPHE
(gr.
apostrophé, se retourner).
Moyen
par lequel l’orateur interrompt son discours et feint de s’adresser
à un autre que son auditoire réel, cet autre pouvant être
un absent, un mort, un principe etc..
Ex.
: Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie.
Les
marques de l’apostrophe sont souvent situées à l’initiale
du texte, de la strophe, de la phrase, soit par le nom du destinataire
: Soleil, je te viens voir pour la dernière fois (Racine),
soit par une exclamation ou un vocatif : Ô nuit désastreuse
(Bossuet).
L’énonciation
peut être également marquée par l’emploi d’un pronom,
tu, ou vous, désignant le lecteur.
Des
variantes de l’apostrophe sont la dédicace, ou l’adresse.
En
rhétorique publicitaire, on appelle personnalisation le
procédé qui consiste à inclure dans le message
le nom du destinataire.
ASSONANCE
(lat.
assonare, faire écho).
Répétition,
à la finale d’un mot ou d’un groupe rythmique, de la voyelle
accentuée que l’on avait déjà rencontrée
à la finale d’un mot ou d’un groupe rythmique précédent.
Ex.
: Sous le ciel grand ouvert la mer ferme ses ailes (Eluard).
La
définition la plus générale de l’assonance est
celle qui se limite à en faire la marque du vers classique de
la poésie régulière, autrement dit la rime,
ou homéotéleute.
Des
figures de son proches sont l’allitération
et la paronomase.
ASYNDETE
Sorte
d’ellipse par laquelle on retranche les
conjonctions simplement copulatives qui doivent unir les parties dans
une phrase. C'est une figure obtenue par suppression des termes de liaison
(Reboul).
Ex.
: La pluie, le vent, le trèfle, les feuilles sont devenus
des éléments de ma vie. Des membres réels de mon
corps (Hébert).
Pour
Reboul, l’asyndète a une fonction expressive, exprimant un effet
de surprise : veni, vidi, vici - Je vins, je vis, je vainquis
(César), mais aussi une fonction pédagogique, puisqu’elle
permet au récepteur de faire opérer les liens manquants.
L’asyndète peut retrancher des copules (être), des conjonctions
chronologiques (avant, après) ou logiques (mais, car, donc etc).
L’asyndète
est largement usée dans le langage publicitaire, le slogan :
Les prix sont libres. Vous êtes libres. Ne dites pas oui à
n’importe quel prix (slogan d'une campagne du gouvernement français
en 1987).
BAROQUISME
Recherche
des idées, des figures et des mots les plus rares, les plus surprenants,
les plus curieux.
Ex.
: Les critiques n'ont produit aucun ouvrage et ne peuvent faire autre
chose que conchier et gâter ceux des autres comme véritables
stryges stymphalides. (Gautier)
Analogues
: maniérisme, préciosité, marinisme, sécentisme,
asianisme, cataglottisme, concetti.
Le
contraire de l'asianisme est l'atticisme et, quoique controversé,
le cicéronisme.
Antonymes
: concision, laconisme.
Les
Précieuses du Grand Siècle excellaient à ce genre
d'exercice : Ma commune (suivante), allez quérir mon
zéphir (éventail) dans mon précieux
(cabinet).
Le
positivisme classait toutes les figures baroques sous l'étiquette
péjorative de procédisme. Le procédisme consiste
à s'épargner la peine de la pensée et spécialement
de l'observation, pour s'en remettre à une facture ou une formule
déterminée. (Annales médico-psychologiques, citées
par Breton, Manifeste du Surréalisme)
BARBARISME
Faute
de vocabulaire, emploi de mots ou de formes qui ne font pas partie de
la langue (par opposition à solécisme).
Les
barbarismes sont des altérations, ils sont obtenus par composition,
dérivation ou forgés de toutes pièces, mais ils
sont toujours le fruit de l’ignorance ou de certaines confusions.
Ex.
: Ils avont passé par cheu nous, puis ils nous avont toute
recensés… (Maillet).
L’erreur
peut venir d’un emprunt à une langue étrangère,
il s’agit alors d’un pérégrinisme.
BRACHYLOGIE
(brakhus,
court).
Vice
d’élocution qui consiste dans une brièveté excessive
et poussée assez loin pour rendre le style obscur (Dupriez).
Emploi
d’une expression elliptique : Les mains cessent de prendre, les bras
d’agir, les jambes de marcher (La Fontaine, cit. Lexis).
En
langue, il s’agit de l’emploi d’une expression plus courte qu’une autre,
de même sens : Je pense venir, au lieu de je pense que
je viendrai (cit. Lexis).
Analogue
: Contraction. Voir aussi anacoluthe et zeugme.
La
brachylogie n’est pas toujours un défaut : la pause-café,
i.e., le moment où l’on prend un café. Elle organise les
dialogues, afin d’éviter la répétition des verbes
déclaratifs, qui sont peu nombreux : Monsieur, m’aborda-t-il,
(dit-il en m’abordant). Hein ? sursauta-t-elle (dit-elle
en sursautant).
CACOLOGIE
(kakos,
mauvais).
Expression
défectueuse qui, sans constituer une incorrection grammaticale,
fait violence à l’usage, à la logique.
Autre
déf. : Terme générique couvrant les fautes autres
que le barbarisme ou le solécisme.
Exemples
: Tout au cours, pour au long, ou au cours. Remplir un but,
collision entre atteindre un but et remplir une mission. Il est grièvement
malade.
Lexis
donne cet exemple : Il est sorti avec sa canne et ses enfants
(il s’agirait peut-être d’une anacoluthe ou d’un zeugme
dans ce cas).
CATACHRESE
(katakhrêsis,
abus).
La
langue paraissant parfois ne pas offrir de terme propre, on a recours
à une dénomination tropologique, qui parfois se lexicalise.
Ex.
: L’asphalte derechef déroulait à gauche ses faufilures
blanches (Bessette).
Autres
ex. : Laine de verre, salade de fruits.
Autre
déf. : Métaphore
qui consiste à employer un mot au-delà de son sens strict
: les pieds d’une table (Lexis).
La
catachrèse est synecdochique : Casque pour "lunettes
de plongée sous-marine; métonymique ou métaphorique
: Langue source ou langue cible.
Autres
ex. : Les grandes artères d’une ville, la théorie des
dominos (Dulles supposait que si le Vietnam devenait communiste,
toutes les autres nations de la région suivraient).
Reboul
définit ainsi la catachrèse : trope rendu nécessaire
par l’absence de tout terme propre : les ailes de l’avion (par
métaphore), le collège (par métonymie).
La
catachrèse se rencontre souvent dans le langage technologique
contemporain. Ainsi surfer, naviguer, ont été relexicalisés
pour s'adapter au vocabulaire de l’internet.
CHIASME
Placer
en ordre inverse les segments de deux groupes de mots syntaxiquement
identiques.
Ex.
Je jouais avec Juliette et avec lui; avec Alissa, je causais
(Gide).
Le
chiasme est proche de l'antithèse
: Univers nouveau, O nouvelle solitude (Lapointe).
Lexis
: Procédé qui consiste à placer les éléments
de deux groupes formant une antithèse dans l'ordre inverse de
celui que laisse attendre la symétrie : Un roi chantait en
bas, en haut mourait un dieu (Hugo)
Selon
Reboul, c'est une antithèse dont on pose les termes en miroir
: il faut manger pour vivre et non vivre pour manger. Le chiasme
est une opposition fondée non pas sur la répétition,
comme l'antithèse, mais sur l'inversion : Celui qui
s'élève sera abaissé, celui qui s'abaisse sera
élevé (Luc, XVIII, 14). Ce n'est pas la conscience
qui détermine la vie, c'est la vie qui détermine la conscience
(Marx).
CHLEUASME
(kloasma
[?] teinte jaunâtre).
Ironie
tournée vers soi. Moquerie, persiflage, sarcasme dont on
fait soi-même les frais, mais en attendant de l’interlocuteur
un geste de protestation.
Ex.
: Suis-je bête !
Autre
déf. : S’adresser à soi-même des reproches qu’on
veut faire retomber sur les autres; c’est un faux plaidoyer en forme
de confession (Dubois) : Oui, je suis coupable de naïveté,
pour avoir cru ce qu’on me disait.
Le
chleuasme relève de la simulation. L’hyperchleuasme peut être
une forme qui dit la vérité, tout en pariant secrètement
que son énormité la fera tenir pour humoristique : Je
suis Méphisto, annonce tranquillement Méphisto, et
tous de pouffer, incrédules, tandis que lui, sous cape, d’encore
plus pouffer.
Pour
Reboul, c’est une figure d’argument par laquelle l’orateur feint de
se déprécier pour mieux se faire apprécier : Et
moi qui n’y connais rien… Je suis peut-être un imbécile
mais… Cette figure marque le triomphe du bon sens sur les spécialistes,
les doctes et les savants, du vécu sur le livresque.
CIRCONLOCUTION
Embarras qu’on éprouve à discuter d’une chose.
Alors
que la périphrase
se rapporte à un seul mot (e.g., le plancher des vaches
pour la terre), la circonlocution concerne plutôt une idée.
La
circonlocution est à la phrase ce que la périphrase est
au mot : elle étoffe (ainsi une simple phrase peut devenir alinéa)
mais n’exprime qu’indirectement son objet.
CLICHÉ
Idée
ou expression trop souvent utilisée, banalité, lieu commun
: cheveux d’or, lèvres vermeilles.
Analogues
: Stéréotype, syntagme figé (non
péj.).
La
banalité de l’idée est plus souvent appelée lieu
commun, ou topique. Dans certains cas, il s’agit plus justement d’un
poncif, c’est-à-dire un thème littéraire
ou artistique, mode d’expression qui, par l’effet de l’imitation, a
perdu toute originalité (Robert).
Il
cesse d’être un défaut de style s’il est employé
avec une intention ironique, parodique, ou pour connoter une absence
de sincérité.
COMPARAISON
On
rapproche deux entités quelconques du même ordre, au regard
d’une même action, d’une même qualité etc. Développée,
la comparaison est un parallèle; limitée à
un rôle expressif, c’est la comparaison figurative.
Dupriez
distingue la comparaison simple (cs) de la comparaison figurative
(cf). La première introduit un actant grammatical supplémentaire
(substantif), alors que la seconde introduit un qualifiant supplémentaire
(adjectif, adverbe). Seule, la comparaison figurative est une image
littéraire.
Ex.
: Il est malin comme un singe (cs = le singe est malin) et :
Il est malin comme son père (cf = son père est
malin et a également d’autres qualités).
Dans
cet exemple tiré de Boris Vian, les deux formes de comparaisons
sont apposées : Un morceau de pain frais comme l’oeil (cf)
et comme l’oeil, frangé de longs cils (cs).
Dupriez
définit la comparaison figurative comme une comparaison dans
laquelle le choix du comparant (phore) est soumis à la notion,
exprimée ou sous-entendue, que l’on veut développer à
propos du comparé (thème).
Ex.
: La parole est comme une rivière qui porte la vérité
d’une âme vers l’autre, le silence est comme un lac qui la reflète
et dans lequel tous les regards viennent se croiser (Lavelle).
La
comparaison est une image dans laquelle thème et phore sont exprimés
(ce dernier par un syntagme) et syntaxiquement reliés par une
marque de l’analogie : comme, tel, même, pareil, semblable,
ainsi que, mieux que, plus que, sembler, ressembler, simuler, être;
ou encore une apposition ou un appariement.
L’appariement consiste à remplacer la conjonction comme
par un mot lexical : La terre et moi faisons la paire (Audiberti).
Dupriez
ajoute que si le thème et le phore remplissent des fonctions
comme celles de complément du nom / nom ou sujet / verbe, plus
rien ne les oppose sur le plan syntaxique et on a une métaphore.
CRASE
(krasis,
contraction).
Contraction
de deux syllabes en une seule : C’est pour Mame Foucolle (Queneau).
Synonyme
: Contraction. Antonymes : Diphtongaison, diérèse.
Littré
appelle synalèphe l’ensemble des phénomènes
réduisant deux syllabes en une seule : synérèse,
contraction, élision, crase. Voir à
métaplasme.
DIAPHORE
(dia, séparation, distinction et phorein, porter).
On
répète un mot déjà employé en lui
donnant une autre nuance de signification.
Ex.
1 : Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas
(Pascal).
Autre
nom : Antanaclase.
Ex.
2 : Il est notoire que les sujets sérieux exigent d’être
jugé par des sujets sérieux (Vian).
Ex.
3 : Le roi est mort. Vive le roi ! (i.e., le nouveau roi).
La
plupart des tautologies
sont factices parce qu’il y a diaphore.
DIERESE
(diairesis,
division).
Traitement
bisyllabique d’une séquence qui comporte deux éléments
vocaliques (généralement une semi-consonne [glide] et
une voyelle) formant habituellement une seule syllabe. Ainsi, le mot
nuage (monosyllabique) est réalisé en nu-age.
Procédé
largement utilisé en poésie métrée pour
obtenir le nombre de pieds convenu : Les sanglots longs (4) /
Des violons (4) (Verlaine).
La
synérèse
est le phénomène inverse à la diérèse.
Voir à métaplasme.
ECHOLALIE
Répétition
de la dernière syllabe d'un mot, en écho.
Ex.
: - Comment vous appelez-vous ?
- Vous. (Breton)
Syn.
Rime couronnée
En
psychiatrie, l'écholalie est définie comme le fait de
répéter machinalement les paroles entendues, comme chez
les enfants, et chez les sujets déments ou confus (Lexis).
ELLIPSE
(elleipsis,
manque, ellepein, laisser de côté)
Un
ou plusieurs éléments syntaxiques ou sémantiques
ne sont pas exprimés dans la phrase, mais le sens de l’énoncé
n'est pas affecté.
Ex.
: J’ai bien entendu et elle aussi.
L'ellipse
est un terme générique pour de nombreuses figures de la
soustraction, aussi bien au niveau du mot, de la syntaxe, que du sens
: l’asyndète, la brachylogie,
la parataxe, le zeugme,
l’anacoluthe, l’apposition,
l’euphémisme etc.
A
un niveau plus général, on parle aussi de récit
elliptique, au sujet d'une production dont les moyens narratifs sont
minimums.
L'ellipse
est souvent constitutive de nombreuses figures, dont l’énallage
et l’euphémisme, mais aussi
la synecdoque,
la métonymie
et la métaphore;
ces figures perdraient en fait leur caractère si leurs lexèmes
ou syntaxe étaient développés.
Comme
toute figure d’atténuaton, l’ellipse peut par ailleurs avoir
un rôle de soulignement.
ENALLAGE
(enallagé,
substitution)
Echange
d'un temps, d'un nom ou d'une personne contre un autre temps, un autre
nombre ou une autre personne.
Ex.
1 : Je mourais ce matin digne d'être pleurée
J'ai suivi tes conseils,
Je meurs déshonorée
(Racine, Phèdre) - changement du temps du verbe.
Ex.
2 : Vous ne répondez point ? …perfide ! je le voi,
Tu comptes les moments que tu perds avec moi.
(Racine, Andromaque) - changement de personne.
Ex.
3 : (Néron à Narcisse) … Néron est amoureux
(Racine, Britannicus) - changement de pronom/nom.
Reboul
définit une énallage comme une figure de sens qui consiste
à remplacer une forme grammaticale par une autre, inhabituelle
: acheter français. Il s'agit d'un déplacement
inhabituel : votez utile ! (adjectif à adverbe), on
les aura ! (= nous les aurons, d'une personne à une autre),
les lendemains qui chantent (= qui chanteront, d'un temps à
un autre).
Lexis
: procédé qui consiste à utiliser à la place
de la forme grammaticale attendue une autre forme qui en prend exceptionnellement
la valeur : il chante terrible.
EPANADIPLOSE
Lorsque,
de deux propositions corrélatives, l'une commence et l'autre
finit par le même mot.
Ex.
1 : La mère est enfin prête; très élégante
la mère (Queneau)
Autres
noms, épanastrophe, épanalepse.
Ex.
2 : L'enfance sait ce qu'elle veut, elle veut sortir de l'enfance
(Cocteau)
Ex.
3 : L'homme peut guérir de tout sauf de l'homme (Bernanos)
EPANALEPSE
(epanalépsis,
répétition).
Répéter
un ou plusieurs mots, ou même un membre de phrase entier.
Ex.
: L’ombre d’elle-même ! l’ombre d’elle-même ! la malheureuse
a vieilli de cent ans ! de cent ans ! (Colette).
Autre
exemple, les sept répliques identiques de Géronte dans
les Fourberies de Scapin (Molière) : Mais que diable
allait-il faire dans cette galère !
Selon
Reboul, l’épanalepse appartient aux figures de la répétition
et du pathos :
Ex.
: Hélas ! Hélas ! Hélas ! (de Gaulle).
Autre
ex. : Car la France n’est pas seule, elle n’est pas seule,
elle n’est pas seule (de Gaulle, 18 juin 1940).
Autre
déf. : Reprise d’un nom par un pronom dans la même proposition
(Lexis) : Pierre, je l’ai rencontré hier. On semble proche
alors de la dislocation.
Autre
déf. : Répétition d’un ou de plusieurs mots après
une interruption d’un ou plusieurs mots (Dubois) : Ô flots
que vous savez de lugubres histoires ! Flots profonds redouté
des mères à genoux (Hugo).
L’épanalepse
ne doit pas être confondue avec l’antanaclase,
figure de répétition d’un mot avec des sens différents.
L’épanalepse diffère de la réduplication en
ce sens que dans la première, les syntagmes sont isolables, ce
qui n’est pas le cas dans la seconde. Dans l’anadiplose, la répétition
a une fonction de coordination et apparaît en début de
phrase.
EPANORTHOSE
Revenir
sur ce qu’on dit, ou pour le renforcer, ou pour l’adoucir, ou même
pour le rétracter tout à fait (Fontanier).
Autre
déf. : Consiste à rectifier ce qu’on vient de dire (Reboul)
: …ou plutôt.
L’erratum,
la palinodie, la correction, la rétractation sont des formes
possibles de l’épanorthose : Pardon, je voulais dire…Qu’on
m’entende bien, je ne dis pas que…
Autre
ex. : Il l’a frappé, que dis-je ! il l’a roué de coups
!
EPENTHESE
Lorqu'on
ajoute une lettre, ou même une syllable, au milieu d'un mot. Le
phénomène a lieu souvent en langue orale.
Ex.
: lorseque je suis arrivé.
L'épenthèse
dénote aussi l'apparition d'une consonne non étymologique
dans un mot, comme la consonne b dans le mot chambre, issu du
latin camera.
L'épenthèse
fait partie
des métaplasmes.
EUPHEMISME
On
déguise des idées désagréables, odieuses
ou tristes sous des noms qui ne sont point les noms propres de ces idées.
Ex.
: Tumeur (cancer), supprimer (tuer), chatouiller les
côtes (battre).
Autre
ex. : Figaro (qui vient de se faire injurier par le comte) : Voilà
les bontés familières dont vous m’avez toujours honoré
(Beaumarchais).
L’euphémisme
est l’une des nombreuses formes de l’atténuation : Une situation
sérieuse pour grave, inquiétante ou alarmante.
Si
l’euphémisme est trop clairement perçu, son effet, au
lieu d’être adoucissant, s’inverse et on arrive à une litote
(dire moins pour en dire plus) : J’en ai un peu assez
pour je suis exaspéré; ou une exténuation : la
contestation… traduit des nostalgies ou des aspirations, des regrets
ou de espérances, en tout cas un malaise (Aron).