Honoré
de Balzac est le maître du roman conçu comme un absolu
esthétique, son oeuvre est un aboutissement littéraire
sans précédent. A sa mort en 1850, il est salué
par Victor Hugo comme "l’un des génies les plus puissants
du monde".
Balzac
a été un écrivain prolifique, il a publié
plus de cinquante romans, dont vingt-quatre se placent dans un grand
ensemble qu’il a nommé, à partir de 1842, La Comédie
humaine. Cet ensemble est composé de trois grandes parties
dont la première, la plus riche, comprend six subdivisions :
On
voit ainsi que Balzac avait l’ambition de composer un tableau général
de son époque, qui rende compte des typologies de ses contemporains
et des caractères fondamentaux de la société dans
laquelle il vivait.
Avec
la parution en 1833 de Eugénie Grandet, la technique balzacienne
est trouvée. Le roman est une analyse détaillée
d’un milieu et d’une passion; la minitieuse description des décors,
des personnages et des caractères fonde le style particulier
de Balzac. L’ouvrage est réparti, comme la plupart de ses autres
romans, en trois parties :
- L’exposition : il s’agit d’une longue description où l’on arrive peu à
peu aux personnages, qui en sont comme le résultat, comme si
le contexte déterminait les personnages. Ainsi, les objets
qui les entourent sont comme les signes révélateurs
de la psychologie des personnages. La
dramatisation de l’intrigue : une fois le décor établi,
l’intrigue prend place et l’action se précise.
- Le
dénouement : extrêmement dramatique, il est le résultat
d’une crise, contenue potentiellement dans l’exposition et mise en
place par les différents pôles de l’intrigue.
Avec
Le Père Goriot (1834), la technique romanesque de Balzac
introduit un nouvel élément : le retour systématique
de certains personnages d’un roman à l’autre, ce qui a pour effet
de renforcer la cohésion d’ensemble de La Comédie humaine.Balzac
lui-même estime qu’à travers ses romans, il a créé
"deux à trois mille figures saillantes de l’époque",
c’est-à-dire "la somme des types que présente une
génération".
Mais ce qui intéresse le plus
Balzac dans l’élaboration de ces portraits, c’est la façon
dont un trait de caractère (l’avarice, la naïveté,
la générosité, la cupidité etc.) est incarné
dans un personnage. Ainsi Balzac peut-il dire : "Molière
a créé l’Avare, mais j’ai fait l’avarice". En conséquence,
le même trait de caractère peut se renouveler à
travers différents personnages qui l’incarnent de manière
différente, selon leur milieu, leur histoire personnelle, le
contexte dramatique etc.
Balzac
se livre dans ses romans à une vive critique de la société,
qu’il perçoit comme essentiellement fondée sur l’inégalité
et sur la poursuite de l’assouvissement des passions : amour, richesse
et pouvoir. Le héros balzacien (Rastignac, Rubempré)
est
un observateur critique et révolté mais impuissant, qui
contemple – et qui y participe même – la corruption morale, vénale
et judiciaire de la société où il se trouve : "[Rastignac]
vit le monde comme il est, les lois et la morale impuissantes chez
les
riches, et vit dans la fortune l’ultima ratio mundi".
Balzac
est souvent considéré comme le précurseur des écrivains
réalistes de la seconde moité du 19e siècle (Flaubert,
Maupassant, les frères Goncourt, Zola), mais Balzac n’est pas
seulement un analyste de la société, un observateur scientifique
de son temps. Il appartient également au courant romantique par
la dimension exaltée qu’il donne à ses personnages, et
que Baudelaire résume ainsi, en 1859 :
"Toutes
ses fictions sont aussi profondément coloriées que les
rêves. Depuis le sommet de l’aristocratie jusqu’aux bas-fonds
de le plèbe, tous les acteurs de la Comédie sont plus
âpres à la vie, plus actifs et plus rusés dans
la lutte, plus patients dans le malheur, plus goulus dans la jouissance,
plus angéliques dans le dévouement que la comédie
du vrai monde ne nous les montre. Bref, chacun chez Balzac, même
les portières, a du génie. Toutes les âmes sont
des âmes chargées de volonté jusqu’à la
gueule."