Chateaubriand,
né d’une famille de l’aristocratie bretonne, se présente
lui-même comme un lien entre l’Ancien et le Nouveau régime.
Ainsi, le temps devient un élément-clé de sa réflexion
philosophique : "Le monde actuel semble placé entre deux
impossibilités, l’impossibilité du passé, l’impossibilité
de l’avenir" (Mémoires d’Outre-Tombe).
Le
Génie du Christianisme (1802) est au coeur de sa conversion
à cette religion, en 1798. Mais plutôt qu’une démonstration
convaincante de la supériorité du christianisme sur les
autres religions, Chateaubriand établit une oeuvre littéraire
sur le christianisme, qu’il considère comme la religion "la
plus poétique, la plus humaine, la plus favorable à la
liberté, aux arts et aux lettres". L’excellente réception
du livre par le public le doit plus au style et à l’esprit de
l’auteur qu’à la rigueur de ses arguments.
L’ouvrage-clé
de Chateaubriand, ce sont les Mémoires d’Outre-Tombe (1849-1850),
qui ne seront publiées qu’après sa mort. Ces Mémoires sont en fait les mémoires de l’auteur lui-même, achevées
en 1841, et qu’il traite en trois grandes parties : "Mon drame
se divise en trois actes : depuis ma première jeunesse jusqu’en
1800, j’ai été soldat et voyageur [il s’est rendu aux
Etats-Unis en 1791]; depuis 1800 jusqu’en 1814, sous le Consulat et
l’’Empire, ma vie a été littéraire; de la Restauration
jusqu’aujourd’hui ma vie a été politique". L’ouvrage
comprend toutefois une quatrième partie, qui constitue une sorte
de synthèse aux trois premières.
En
même temps que ces différentes phases de sa vie que Chateaubriand
décrit, c’est l’Histoire qui est le contexte de sa narration.
Le récit est composé de tableaux successifs: Les Etats-Unis
et son avenir, la Révolution française, le Consulat. On
y trouve également des portraits exhaustifs : Napoléon
(qui occupe la moitié de la troisième partie), Thiers,
Talleyrand.
Chateaubriand
est ainsi le premier écrivain à tenter de rendre compte
du devenir historique : "Si je compare deux globes terrestres,
l’un du commencement, l’autre de la fin de ma vie, je ne les reconnais
plus." Chateaubriand ouvre ainsi la voie à la littérature
moderne où la personnalité de l’écrivain s’exprime et tente de
se traduire au moyen de l’écriture. Il annonce, plusieurs décennies
plus tard, l’oeuvre de mémoire de Marcel Proust.
Chateaubriand
meurt le 4 juillet 1848, à quatre-vingts ans. Ses obsèques
solennelles ont lieu à Saint-Malo, dans sa Bretagne natale :
il est inhumé sur le rocher du Grand Bé à Saint-Malo,
face à l'océan. Sur sa tombe, on peut lire cet épitaphe
: