Parmi
les grandes figures de la littérature française, peu sont
des femmes. Après Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859), George
Sand (1804-1876), Anna de Noailles (1876-1933), Colette est une exception
dans le paysage littéraire français, essentiellement masculin.
Née dans l’Yonne, non loin de Paris, Colette a célébré
toute sa vie le royaume de son enfance et sa terre natale, qui pour
tout autre "ne serait qu’une campagne un peu triste qu’assombrissent
les forêts, un village paisible et pauvre, une vallée humide,
une montagne bleuâtre qui ne nourrit même pas les chèvres" (Les Vrilles de la vigne, 1908).
En même temps que
l’enfance, Colette a écrit abondamment sur l’amour, sur la vie
du couple qu’elle a vécue de manière passionnée
et tumultueuse, à travers ses mariages successifs avec Willy
(qui collabora avec elle pour la série des Claudine),
Henry de Jouvenel et Maurice Goudeket. Colette analyse avec énergie
et passion le monde de l’adolescence (Le blé en herbe,
1923), la jalousie (La Chatte, 1933; Duo, 1930), la vie
agitée du couple (Chéri, 1920; La Fin de Chéri,
1926). Dans son style unique riche de poésie, où les sensations
renaissent transformées et neuves par l’extrême beauté
des mots choisis, de leurs combinaisons, Colette fait partager son expérience
du "monde impur" où elle a plongé, malgré
le précieux enseignement de son adorable et pure mère
Sido, pour laquelle elle consacre plusieurs livres (Sido, 1929).
Volontiers provocatrice,
Colette n’a pas hésité à décrire sa vie
et à la vivre, même si elle pouvait faire l’objet de scandales
: en 1906, elle a une liaison avec une comtesse et cette homosexualité
soudain révélée et rendue publique aggrave sa réputation
de femme à la vie dissolue, se complaisant dans l’univers de
danseuse de music-hall (L’Envers du music-hall, 1913).
Mais cette expérience
de l’écriture qui décrit le monde troublé de la
vie est une tentative de retrouver ce qui est à l’origine, la
simplicité du commencement, qui peut être observé
dans la plus simple des choses : une araignée sur sa toile, un
chatte qui s’étire, les parfums du vent d’été,
les premiers rayons du soleil. Colette écrit de manière
subtile, sensuelle, souvent étonnante, le plaisir d’être
là, de contempler dans l’immédiat la beauté, mais
aussi la laideur des choses.
Colette
a été l’un des écrivains les plus populaires de
son temps. En 1949, elle reçoit la Légion d’honneur, la
plus haute distinction française. A sa mort, en 1954, le gouvernement
français lui accorde des obsèques officielles.