L’oeuvre
d’André Gide couvre plus d’un demi-siècle de l’histoire
de la littérature française moderne. Depuis Paludes
(1895) et les Nourritures terrestres (1897), jusqu’à son
dernier écrit intitulé Thésée (1946),
Gide illustre abondamment par la diversité de ses oeuvres la
recherche à la fois d’une littérature potentielle et de
l’individualisme de l’écrivain, sa quête du plaisir, de
la sensualité liée au goût des choses.
Enfant de la bourgeoisie
et d’héritage protestant, Gide consacre son oeuvre à s’inscrire
contre la moralité traditionnelle; par une sorte de nouvel évangile,
il rejette l’idée de péché, afin de goûter
à tous les fruits de la terre (Les Nourritures terrestres)
et que le moi, étouffé par règles et conventions,
puisse s’épanouir. Son mariage avec sa cousine Madeleine Rondeaux,
en 1895, n’empêche pas Gide de préférer l’attraction
des corps masculins, qu’il a découverts lors d’un voyage de deux
ans en Afrique du Nord, de 1893 à 1895.
Les récits de
Gide sont ainsi marqués par l’ambiguïté entre morale
bourgeoise et pulsions intérieures; dans La Symphonie pastorale
(1919), un pasteur qui recueille une jeune aveugle prend peu à
peu conscience que son intérêt pour elle n’est pas seulement
une conscience évangélique, mais bien l’expression d’un
désir charnel. Dans les Caves du Vatican (1914), Gide
poursuit son travail de sabotage des valeurs catholiques et bourgeoises
en carricaturant les dévôts de l’Eglise et les hommes de
lettres; son héros, Lafcadio, ne semble entendre qu’une seule
valeur, celle de la liberté.
Les Faux monnayeurs
est souvent cité comme l’oeuvre majeure de Gide. Il s’agit d’une
sorte de roman sur le roman où l’auteur montre à quel
point la narration peut entretenir un potentiel inépuisable.
Gide exploite la technique de la "mise en abyme", par laquelle
le roman est placé en réfractions successives, renforçant
le caractère "inépuisable" de la narration.
Dans les Nouvelles
nourritures (1935), Gide persiste dans la voie qu’il a tracée
depuis longtemps : "La vie peut être plus belle que ne la
consentent les hommes. La sagesse n’est pas dans la raison, mais dans
l’amour. Ah, j’ai vécu trop prudemment jusqu’à ce jour.
Il faut être sans lois pour écouter la loi nouvelle".
Gide, le grand bourgeois à l’existence aisée, qui n’a
jamais eu besoin de travailler pour vivre, et que Jean-Paul
Sartre définit comme un écrivain qui "a
vécu ses idées", s’engage brièvement dans
la politique, s’inscrit au Parti Communiste, qu’il quitte presqu’aussitôt
à la suite d’un voyage en URSS en 1936.
Gide reçoit le
Prix Nobel de littérature en 1947. Il meurt en 1951.