VERBES-VALISES
Les
verbes ne sauraient échapper à certains courts-circuits
qui provoquent de salutaires étincelles de sens : ainsi,
les mots-valises.
Les exemples qui suivent proposent quelques illustrations.
VHERBORISER
: serrer un herbier de verbes, retourner le parterre des verbes.
Forgé
par nos soins, ce nouveau verbe-bloconyme s’impose à nous, et
l’on ne saurait dire davantage que lui sur la profession des feuillets
de LVDV.
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MOITIR
: Rendre moite, humide
Ce
verbe n'a pas un sens passif, tel que dans devenir moite, l'instance
de l'acte siège bien en effet dans l'agence du sujet, ex. : l'angoisse
moitit les esprits (sens tropologique).
Si
l’on dévalise ce verbe, on s’aperçoit que la collision
des étymons s’est produite dès le latin : le mot muscidus (moisi,
humide), dérive lui-même de mucidus (moisi)
et de musteus (juteux).
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SABOULER
: tancer vertement, houspiller.
Ce
verbe, d’usage classique, est un croisement de saboter, secouer,
d’une part, et de bouler (éconduire, envoyer paître),
d’autre part.
Voltaire
reprend brillamment ce verbe pour son propre compte : "Voilà
trois parlements du Royaume que j’ai un peu saboulés".
(cit. Lexis).
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QUARTAGER
: Ce verbe, contrairement aux apparences, n’est
pas un mot-valise. En minéralogie, c’est l’action de réduire
une roche sans en modifier la teneur.
Il
y aurait pourtant matière à composer une série
utile : tertager, tiertager ou tritager (partager
en trois), quintager, sixtager, etc.
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VERBIGÉRER
: bavarder sans retenue, de manière incohérente.
L’usage
de ce verbe est attesté surtout en pathologie (voir
aussi LVDV Vol. 19), pour des
affections telles que la logorrhée,
ou la kénoglossie,
mais il possède
une dimension certaine en stylistique (e.g., verbigération,
rhét., cf. GRADUS, voir références), et bien naturellement
le verbiage.
Par
ailleurs, les dictionnaires ne l’indiquent pas, mais ce verbe pourrait
bien être le résultat d’une syllepse
de sens à partir
de "verbaliser avec exagération". Si tel est le cas,
nous lui opposerons alors et sans hésitation notre néologisme vherboriser, qui
consiste au contraire à cultiver le verbe
avec circonspection.