LES
VERBES DES OISEAUX
Un précédent volume a attiré l'attention sur zinzinuler (cf. LVDV
Vol. 4),
un verbe d’origine onomatopéique, comme c’est le cas pour la plupart des verbes
qualifiant
le chant, ou le cri, des oiseaux.
La
langue française possède une batterie remarquable de ces
verbes. La plupart sont de type dénominatif,
c’est-à-dire formés à partir du nom de l’oiseau
lui-même, ou encore de la particularité de son chant. On
note que cette imitation du réel nécessite bien sûr
le recours à des fricatives sifflantes, i.e. [s] et [z] mais
aussi, et c’est peut-être plus étonnant, à des
occlusives palatales, telles que [k] et [g].
Ainsi,
marchant en forêt, à travers champs, près des étangs,
on entend l’alouette grisoller et tirelirer,
la caille courcailler et margotter,
la colombe roucouler, et la perdrix cacaber.
On surprend la bécasse à crouler,
la corneille à crailler, le coucou à coucouler,
le geai à cajoler et le jars à jargonner.
On
distingue encore dans ce concert la pie jacasser,
le rossignol gringotter, le merle flûter,
la huppe pupuler, la grue craquer
ou craqueter, et le faisan criailler.
Filant dans le ciel, l’hirondelle va trisser, la cigogne claqueter ou
glottorer, l’aigle glatir et huir
le milan. La nuit, on entend le hibou ululer, la chouette
chuinter et la hulotte hôler.
S’approchant
d’une ferme, on trouve des canards occupés à cancaner,
des dindons à glouglouter, des cygnes à
trompeter. Les poules sont affairées à
caqueter et à glousser, les
coqs à coqueriquer, les oies à cacarder,
tandis que dans un champ voisin, un corbeau solitaire se sera mis à
croasser.
On
notera par ailleurs le verbe frouer (lat. fraudare),
qui décrit lors de la chasse à la pipée le son
produit par les pipeaux
imitant le chant du geai, de la chouette ou d'autres oiseaux.
Enfin,
il est peut-être utile de rappeler que ce sont les
chevaux qui piaffent – en trépignant d’impatience
– et non pas les moineaux, qui eux pépient,
ou
piaillent.
Et
toute cette joyeuse avifaune chante, gazouille
et ramage.