présentation | sommaire | lecteurs | tropes | équipe | contact

- Volume 15 -

 

DÉVERBAUX viz DÉNOMINATIFS

Ce volume de LVDV traite brièvement d'une ambiguïté peu commentée en grammatologie : la subtile frontière entre le substantif déverbal et le verbe dénominatif, appelé aussi désubstantival.

Le déverbal est un substantif dénotant généralement le produit d'une action et il est composé à partir du radical d'un verbe : ainsi, cumul est le déverbal de cumuler; livraison est celui de livrer. Ces deux exemples montrent que les déverbaux sont formés soit par dérivation (ou suffixe zéro), c'est le cas du premier; soit par affixation, comme pour le second exemple, doté du suffixe -aison. La procédure qui consiste à ajouter un suffixe au radical d'un verbe (ou d'un adjectif) est la nominalisation. Il existe de nombreux suffixes signalant les déverbaux : -ment (maniement); -age (lavage); -ure (fermeture); -ette (cueillette); -ion (traduction) etc.

Les dénominatifs ont a déjà été évoqués dans un volume précédent consacré aux chants de l'avifaune (cf. LVDV Vol.10). Ces verbes procèdent quant à eux de manière opposée aux déverbaux puisqu'ils tirent leur origine dans des substantifs ou des locutions. Ainsi, meubler est le dénominatif de meuble; habiller, de habit; imager, de image; obliquer, de oblique; s'attabler, de table etc.

L'idée générale véhiculée par le dénominatif relève de ce que Benveniste nomme le verbe délocutif, par lequel le dérivé exprime l'action de faire + quelque chose, substantif ou adjectif, comme pour le verbe éclaircir (rendre clair, faire la clarté). Benveniste cite l'exemple (controversé depuis) de salutare, dérivé de salus, santé. Dans ce cas, dire bonjour revient finalement à dire : comment vas-tu ?

S'agissant de la frontière ténue entre déverbal et dénominatif évoquée plus haut, il faut noter que les transferts ou dérivations illustrés par les exemples ci-dessus ont la plupart du temps eu lieu dès le latin ou le grec, et la langue romane en a assimilé beaucoup avant d'en inventer elle-même. Ceci implique qu'il est parfois difficile de décider si l'on se trouve devant un déverbal ou un dénominatif. Nous touchons ici à des questions fondamentales : qui vient en premier ? Dénomination de chose ou verbalisation de l'acte, nom ou verbe, notation ou action ?

Par ailleurs, certains cas frisent l'ahurissement : si sonner peut bien être en effet le dénominatif de son, il est fort probable que sonnette est quant à lui le déverbal de sonner. Dans ce couloir étroit du temps de la langue, il est difficile de distinguer comment les portes se sont ouvertes, quels courants d'air ont fait voler les papiers d'une pièce à l'autre.

Il va sans dire que notre revue, compte-tenu de sa profession, est plus intéressée par le dénominatif, ou désubstantival, que le déverbal. Nous proposerons ainsi les quelques dérivations suivantes à titre d'exemples, tout en évitant certaines aberrations contemporaines, telles que auditionner ou solutionner.

 

Néologismes dénominatifs

Oiseller : intransitif; se comporter comme un oiseau. Une charmante alternative à papillonner.

Cette demoiselle oiselle, ombrelle au bras, de branche en branche.

Note - Ce verbe n'est pas à confondre avec oiseler : piéger de petits oiseaux.

.

Taxir : intransitif, 3e groupe; se rendre à une destination par taxi. Un tel verbe permet évidemment d'éviter des locutions telles que prendre un taxi etc.

Une série peut d'ailleurs être utilement dérivée sur ce modèle : buser, avioner, trainir (ce dernier au 2e groupe, afin de le distinguer de traîner).

Impossible de buser ce matin à cause des grèves, j'ai taxi jusqu'au bureau sans omettre de déposer la facture à la réception.

.

Conger : transitif; prendre des vacances, partir en congé.

Je congerai quelques jours en août, épuisé que je suis.

.

Se froidir : intransitif, pronominal, 2e groupe; se rendre malade en prenant froid.

La pauvre petite, elle s'est froidie à en faire exploser le thermomètre.

 

 

Sommaire