présentation | sommaire | lecteurs | tropes | équipe | contact

- Volume 18 -

 

LES VERBES ET LES BRUITS

Consacrer un volume de LVDV aux verbes des bruits est une entreprise. Le sujet est en effet ardu, les implications sont grandes. Des numéros précédents ont toutefois déjà couvert un terrain considérable, nous faisons référence ici à notre volume sur les oiseaux (cf. LVDV Vol.10), celui sur les mammifères (cf. LVDV Vol.13), et enfin celui sur les insectes (cf. LVDV Vol.16). Un numéro prochain sera consacré aux bruits des humains (e.g., chanter, soupirer, tousser, éternuer, clapper, éructer etc.). Il reste donc à traiter ici des bruits des choses et des phénomènes.

Il semble logique de commencer cette présentation par le verbe bruire (bruisser, pourtant fort tentant, n'existe pas), qui décrit un léger bruissement. Ce verbe est assez difficile à employer, l'Académie recommande qu'il ne soit utilisé qu'à l'indicatif présent et aux troisièmes personnes (présent et imparfait), ainsi qu'au participe présent et parfois au subjonctif. Plus rare, et d'usage professionnel, le verbe bruiter dénote l'action de créer des bruitages pour la radio, ou pour le cinéma.

Très peu de verbes décrivent le bruit des liquides : ainsi de petites vagues vont clapoter sur le sable, de l'eau va flaquer doucement sur des pierres, une source va murmurer et un torrent, depuis son lit de roc, va gronder (mais déjà, pour ces deux derniers, on s'éloigne du champ lexical immédiat de l'eau). Ainsi, comment verbaliser (sans faire recours à un trope), le bruit d'une vaste cascade, de gouttes tombant une à une, d'un jet violent, d'une pluie compacte ou éparse ? Des verbes tels que ruisseler, s'égoutter, tomber sont certes disponibles mais en soi silencieux (voir note 1 ci-dessous).

Le feu bénéficie d'un meilleur traitement : qui n'a pas déjà entendu les bûches craquer dans la cheminée, les flammes ronfler, les braises crépiter, parfois même pétiller ou grésiller. Le bois encore légérement humide va chuinter puis claquer gaiement. Jetez des pétards dans ce brasier et la poudre va les faire exploser et péter (pop.). Quant à la dynamite, elle va détoner (à ne pas confondre d'ailleurs avec détonner, littéralement, hors du "ton").

Le métal, la mécanique, disposent d'une batterie modérée de verbes : ainsi des clés vont cliqueter, les charnières d'une porte vont grincer; la cloche d'une église va sonner puis bourdonner, tandis que des clochettes vont tinter. Quant aux véhicules, qu'on entend rouler et klaxonner, qui font crisser le gravier sous leurs pneus, le moteur de certains va ronronner tandis que d'autres vont tousser et pétarader, ou tout simplement vrombir.

Deux verbes décrivent le son de matières telles que les étoffes ou le papier : on peut entendre en effet les premières froufrouter, alors que le second va se froisser.

Finalement, les éléments ont reçu leur part de verbes, mais elle n'est guère conséquente : on entend la pluie battre aux fenêtres, parfois tambouriner; l'orage approchant, le vent va siffler et souffler, le tonnerre va éclater. Il faut noter ici que tonner ne s'emploie qu'à la forme impersonnelle (il tonne, comme on dit il pleut).

Remarques :

1. Nous n'incluons pas dans la liste ci-dessus des verbes dont la valeur sémantique ouvre plutôt sur des notions telles que se séparer en parties (briser, fracasser, déchirer), provoquer des heurts (taper, frapper, marteler) ou des sons légers (frôler). Si ces verbes induisent en effet des bruits, ces bruits ne sont pas cependant suggérés en corrélation directe, comme ceux décrits plus haut, et requièrent en général une construction : se fracasser avec bruit, frapper bruyamment etc.

2. Résonner et vibrer posent problème : bien qu'ils dénotent des bruits, ces bruits ne sont pas propres, ils peuvent en effet revêtir des aspects différents : des pas vont résonner, de même que le bruit d'une chute, le son d'une cloche etc.

3, Claironner s'est détaché de son origine : il s'agit en effet rarement de l'action de jouer du clairon, mais plutôt de parler d'une voix vibrante et, par extension, parler trop. Trompeter suit un cas à peu près similaire.

 

Sommaire