Consacrer
un volume de LVDV aux verbes des bruits est une entreprise. Le
sujet est en effet ardu, les implications sont grandes. Des numéros
précédents ont toutefois déjà couvert un
terrain considérable, nous faisons
référence
ici
à notre volume sur les oiseaux (cf.
LVDV Vol.10), celui sur les mammifères (cf.
LVDV Vol.13), et enfin celui sur les insectes (cf.
LVDV Vol.16). Un
numéro prochain sera consacré aux bruits
des humains (e.g., chanter, soupirer, tousser, éternuer, clapper, éructer
etc.). Il reste donc à traiter
ici des bruits des choses et des phénomènes.
Il
semble logique de commencer cette présentation par le verbe bruire (bruisser,
pourtant fort tentant, n'existe pas), qui décrit un léger
bruissement. Ce verbe est assez difficile à employer, l'Académie
recommande qu'il ne soit
utilisé
qu'à
l'indicatif
présent et aux troisièmes personnes (présent
et imparfait), ainsi qu'au participe présent et parfois
au subjonctif. Plus rare, et d'usage professionnel, le verbe bruiter dénote
l'action de créer des bruitages pour la radio, ou pour le
cinéma.
Très
peu de verbes décrivent
le bruit des liquides : ainsi de petites vagues vont clapoter sur
le sable, de l'eau va flaquer doucement sur des pierres, une source
va murmurer et
un torrent, depuis son lit de roc, va gronder (mais
déjà,
pour ces deux derniers, on s'éloigne
du champ lexical immédiat de l'eau). Ainsi, comment verbaliser
(sans faire recours
à un trope), le bruit d'une vaste cascade, de gouttes tombant
une
à une, d'un
jet violent, d'une pluie compacte
ou
éparse ? Des verbes tels que ruisseler, s'égoutter,
tomber sont certes disponibles mais en soi silencieux (voir
note 1 ci-dessous).
Le
feu bénéficie d'un meilleur traitement : qui n'a pas déjà entendu
les bûches craquer dans la cheminée,
les flammes ronfler, les braises crépiter,
parfois même pétiller ou grésiller.
Le bois encore légérement humide va chuinter
puis claquer gaiement. Jetez des pétards
dans ce brasier et la poudre va les faire exploser et péter (pop.).
Quant à la dynamite, elle va détoner (à
ne pas confondre d'ailleurs avec détonner, littéralement,
hors du "ton").
Le
métal, la mécanique, disposent d'une batterie modérée
de verbes : ainsi des clés vont cliqueter,
les charnières
d'une porte vont grincer; la cloche d'une église
va sonner puis bourdonner, tandis
que des clochettes vont tinter. Quant aux véhicules,
qu'on entend rouler et klaxonner, qui font crisser
le gravier sous leurs pneus, le moteur
de certains va
ronronner tandis que d'autres vont tousser
et pétarader, ou tout simplement vrombir.
Deux
verbes décrivent le son de matières telles que les
étoffes
ou le papier : on peut entendre en effet les premières froufrouter,
alors que le second va se
froisser.
Finalement,
les éléments ont reçu leur part de verbes, mais elle
n'est guère conséquente
: on entend la pluie battre aux
fenêtres, parfois tambouriner; l'orage approchant,
le vent va siffler et souffler, le tonnerre va éclater.
Il faut noter ici que tonner ne s'emploie qu'à la
forme impersonnelle (il tonne, comme on dit il pleut).
Remarques :
1. Nous
n'incluons pas dans la liste ci-dessus des verbes dont la valeur
sémantique
ouvre plutôt sur des notions telles que se séparer
en parties (briser, fracasser, déchirer),
provoquer des heurts (taper, frapper, marteler) ou des sons
légers (frôler). Si ces verbes induisent en effet des bruits,
ces bruits ne sont pas cependant suggérés en corrélation
directe, comme ceux décrits plus haut, et requièrent
en général une construction
: se fracasser avec bruit, frapper bruyamment
etc.
2. Résonner et vibrer posent
problème : bien qu'ils dénotent des bruits, ces bruits ne sont
pas propres, ils peuvent en effet revêtir des aspects différents
: des pas vont résonner, de même que le bruit d'une
chute, le son d'une cloche etc.
3, Claironner
s'est détaché de son origine : il s'agit en effet
rarement de l'action de jouer du clairon, mais plutôt
de parler d'une voix vibrante et, par extension, parler trop. Trompeter suit
un cas à peu près similaire.