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- Volume 22 -

 

SÉDUIRE EN VERBES

Il se peut que parfois, au cours d'une promenade, on trébuche par inadvertance sur une fourmilière. On voit alors, sortir du monticule écroulé, des amas de fourmis affolées, cherchant à comprendre, à mesurer l'ampleur de la situation. Le verbe séduire produit un effet analogue, c'est soudain une boite de Pandore qui s'ouvre.

Séduire est une marque éthologique centrale des humains, si bien que les comportementalistes classent cette activité très haut dans la hiérarchie, puisqu'elle vise en fin de compte à assurer le déploiement de l'espèce. Les politiciens de la cité cultivent la séduction, et selon leurs capacités de rhétoriciens, ils parviendront ou non à leurs fins. Les artistes, les marchands entretiennent la séduction comme une ressource essentielle au succès. Les religieux quant à eux s'en méfient plutôt, voyant dans la séduction l'acte littéral du dévoiement, relevant de l'offre satanique.

Séduire est attesté en ancien français sous la forme souduire, dérivée elle-même de subducere, « tirer de bas en haut » (formé de sub + ducere, tirer, d'où le sens de conduire, mener). Cette origine se confond avec le latin classique seducere : tirer à soi (se-) « amener à part, à l'écart », repris finalement en latin ecclésiastique pour « détourner du droit chemin ». Marot parle de "séduire quelqu'un du droict chemin". Péguy évoque "des sentiments qui [...] nous déconduisent, qui nous déramènent, qui nous séduisent de Dieu." (Le mystère de la charité de Jeanne d'Arc, 1910; cit. TILF).

On voit ainsi que séduire se situe à un point de tension entre une facette prisée de la personnalité - l'aptitude à séduire - et une attitude réprouvée par la moralité, que l'on se place du côté de la victime. Il ressort logiquement de ce combat de frontière une activité intense de verbes, qui enregistrent attentivement l'histoire.

La liste suivante recense l'essentiel du paradigme des nombreux verbes qui s'agrègent à séduire. Ce catalogue en trois étapes montre avec netteté le mouvement dialectique qui découle de séduire : dans un premier temps, il s'agit d'un procès tactique, visant à deviser le meilleur moyen de détourner l'objet, la victime. Dans un deuxième temps, les prémisses s'étant accomplies, la victime se retrouve phagocytée, neutralisée, c'est le plan résultatif, le stade du changement de l'objet. Enfin, le troisième temps met en lumière l'objectif stratégique global du procès qui n'est autre que le classique assouvissement de la volonté de dominance.

1. tactique : détourner

accrocher, affrioler, aguicher, allécher, allicier, allumer, amener, appâter, appéter, attirer, attraire, berner, cajoler, captiver, charmer, convaincre, détourner, éblouir, égarer, embobiner, émoustiller, émouvoir, enchanter, enflammer, engager, enivrer, enjôler, ensorceler, enthousiasmer, entraîner, envoûter, exalter, exciter, fasciner, flatter, hypnotiser, intéresser, leurrer, magnétiser, minauder, passionner, persuader, plaire, provoquer, racoler, ravir, soudoyer, soulever, subjuguer, tenter, tomber, troubler, vamper.

2. résultatif : changer

abuser, corrompre, débaucher, dénaturer, dépraver, déshonorer, dévergonder, dévoyer, empoisonner, gangrener, gâter, manipuler, perdre, pervertir, pourrir, suborner, tromper.

3. stratégique : obtenir précédence

aliéner, asservir, assujettir, conquérir, contrôler, dominer, gagner, maîtriser, posséder, soumettre, triompher, vaincre.

 

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