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- Volume 23 -

 

VERBES DE L'ÉROSION

Au moment où les déclarations se multiplient pour mettre en garde contre l'écocide général actuel, jugé d'après certains irréversible, les verbes suivants, dont on tire généralement assez peu avantage, pourraient judicieusement contribuer à étoffer cette question.

 

DÉTRITER : écraser (sous une meule).

Ce verbe s'est figé dans une fonction agricole, il s'agit de broyer des grains, ou d'écraser des fruits pour en extraire le noyau (e.g., les olives qu'on passe au détritoir). On lui reconnaît une origine latine, deterere, user par frottement, d'où le verbe détériorer.

L'action de détriter - proche de la purge - entraîne ainsi la production de scories, de détritus, dont il faut finalement trouver à se débarrasser. De ce point de vue, ce verbe pourrait donc se prêter à décrire la situation d'engorgement provoquée par la vaste production contemporaine de débris, de déchets et de résidus :

Cette croûte terrestre qu'on détritte avec bruit, ramenant en surface les précieux fruits de ses alvéoles, jonchée de poches siphonnées, de machines éventrées d'où s'égoutte un sang fluo.

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LOUCHIR : se troubler (en parlant d'un liquide)

L'eau louchit lorsqu'elle se trouble, perd sa limpidité. Ce verbe n'admet pas d'objet, le sens revient sur lui comme la crête d'une vague.

Que trouve-t-on au fond de la Seine, finalement ? Une allée dallée de style romain ou de molles herbes et boues jaunies par les eaux qui louchissent?

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ÉTIOLER (s') : dépérir

Il existe maintes spéculations à propos de l'origine de ce verbe, on le considère généralement comme un dénominatif d'éteule, ces meules de foin laissées ici et là sur le champ après la coupe. Les peintres n'ont d'ailleurs pas manqué de rendre compte de l'effet remarquable au crépuscule de ces icônes de la moisson.

Le passage d'une telle origine au sens concret de devenir pâle, chétif, malingre, perdre sa vitalité, ses couleurs, se faner et s'anémier est assez obscur, mais il est permis d'imaginer que les éteules éparses et solitaires sur le champ mis à nu rappellent une certaine dispersion, des énergies effondrées et affaiblies qui dépérissent peu à peu sous l'ardeur du soleil.

Rapporté au contexte de ce volume, l'emploi suivant pourrait figurer en incipit d'un argument radical :

Cette planète qui renonce à sa verdeur s'étiole en meules fatiguées et puantes, mélange de fers, vitres et cuirs traversé par un jus de pourrissement qui saisit toutes fibres encore vivantes.

 

 

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