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- Volume 25 -

 

OUILLER

Remplir à ras bord

Ce verbe est autre exemple frappant de verbes qui stationnent dans la langue, remisé comme il est dans un usage de spécialité.

Formé à partir du substantif oeil, le verbe ouiller a des origines médiévales, il est lié à la fabrication du vin. Ouiller signifie qu’on remplit régulièrement à ras bord - jusqu’à l’oeil - les tonneaux et les fûts dont le contenu tend à s’évaporer. On se sert à cet effet d’un petit entonnoir nommé ouillette.

Le verbe ouiller n’est en aucun cas apparenté à d’autres verbes comme mouiller, souiller, touiller, rouiller, fouiller, épouiller, verrouiller etc.

Il existe une dérivation par analogie du verbe ouiller, désuète et régionale cependant, qui indique le trop plein : “Ma petite Huguette, tes jolis plats m’ont tant ouillé que me voilà coincé entre table et chaise”.

Verbe défectif, des formes telles que j’ouille ou nous ouillons demeurent peu visitées, ce qui explique que pour des êtres animés, ce verbe se rencontre plutôt à la forme passive, comme dans l’exemple qui précède.

Il faudrait revitaliser ce verbe pourtant, sanctifier son sens analogique : engraisser, faire du gras. Le doter ainsi d’une forme pronominale le lancerait vers une vie nouvelle. Ainsi pourrait-on dénoncer dans le contexte d’une crise financière globale :

Tous ces banquiers, tradeurs et spéculateurs qui s’ouillent à outrance sur le dos des petits porteurs.

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