Fredonner les notes de la gamme
Ce verbe appartient à la classe des verbes concrets. Il montre de manière matérielle qu’il est possible d’unir mélodie et écriture, son et graphie. Il s’agit en effet ici de nommer des notes (do, ré, mi, fa, sol...) tout en les chantonnant sur une mélodie.
Les compositeurs solfient fréquemment, égrénant les phonèmes de la clé de sol sur l’air qu’ils travaillent. Solfier revient finalement à fredonner le brouillon de ce qui deviendra plus tard une chanson achevée.
Solfier dérive de l’italien solfeggiare, d’après les notes de la gamme sol et fa. Ce verbe a permis de créer un déverbal célèbre, le solfège, qui continue de hanter les classes de collège où s'ânonnent les partitions.
Colette, grande collectionneuse de vocables précieux, ne pouvait manquer ce verbe, et ceci dès son premier roman: “ C'est une petite polka en sol, totalement dépourvue de méchanceté, mais la pauvre Marie, anti-musicienne au possible, n'a jamais pu la solfier correctement.” (Claudine à l’école, 1900).
Au plan tropique, le potentiel du verbe solfier est énorme, mais fort regrettablement, il reste sous-exploité. On concevra sans effort par exemple que les hommes politiques passent une grande partie de leur temps à solfier, c’est-à-dire à réciter en public une litanie de notes prévisibles qui n'ont qu'un but, celui de les soustraire à ce qu’ils ont le plus en horreur : le silence.