Le verbe aimer se présente à nous comme une énigme. Peut-on en effet en circonscrire l’origine, les ramifications ? Comment penser ce verbe qui d’emblée, s’associe à la vie, à l’événement, au renouvellement, à l’émerveillement ? Comment même parler de ce verbe, qui tarit la parole, qui exacerbe les sens ?
Vocalique et nasal, qui fait se joindre les deux lèvres, aimer se murmure comme une poussée magnétique, comme un soupir qui s’éternise.
Aimer suscite la paronomase, l’allitération : “L’amant est toujours plus près de l’amour que de l’aimée.” (Giraudoux, Intermezzo)
Verbe à l’origine de tant de poèmes, d'aphorismes, de romans, de films, de peintures, de sculptures, de chansons, d’édifices – le Taj Mahal, amour monumental et marmoréen élevé pour la merveilleuse Mumtaz.
Verbe à l’origine de tant de passions, d’espoirs, d’élans, d’amertume, de douleurs, d’inventions, de dons et d’inspiration.
A la source du verbe aimer se tient amare, qui ne veut rien dire d’autre qu’aimer. On suppose qu’il découle du substantif amma (maman), lui-même une dérivation de mater (mère).
Aimer remonterait ainsi à la figure maternelle, il invoquerait une ascension jusqu’au noeud mère-enfant, dyade unie au lien puissant, au-delà de la crise passagère de la naissance, de la séparation initiale.
Aimer, ce serait alors renouer.