« Le discours de “Dany le Rouge” a verdi »
Eh oui, en quarante ans, Dany le Rouge – c’était le surnom de Daniel Cohn-Bendit, à Nanterre, au bon vieux temps de Mai 68 – a changé de couleur. Sinon lui, au moins son discours : il « a verdi ». C’est ce que constatait Françoise Fressoz dans Le Monde du 5 septembre 2009. Comprenez, naturellement, que le discours du bon Dany a pris une couleur écologique – autant dire verte, car écologique et vert en sont aujourd’hui venus à être des synonymes à peu près absolus. Oui, je maintiens à peu près, car dans un petit nombre de cas, la substitution de vert à écologique reste difficile : on le sait depuis Saussure – et d’ailleurs bien avant – la synonymie n’est jamais parfaite.
Pour Dany le Rouge, se pose un grave problème de compatibilité des couleurs : le vert dont il se pare aujourd’hui se combine-t-il agréablement avec le rouge dont était entièrement vêtu le jeune étudiant de sociologie qu’il était au siècle dernier ? J’avoue avoir quelque inquiétude sur le résultat de la combinaison des deux couleurs… À moins, bien sûr, que le vert n’ait complètement éliminé le rouge.
L ’ emploi métaphorique du verbe verdir se répand à grande vitesse depuis le début du siècle. Pour Dany, son discours verdit, tout court, je veux dire intransitivement. Mais verdir s’accommode facilement de la transitivité : l’inventaire des objets touchés par le verdissement est considérable : on verdit sa politique, le budget, la dette, le bureau des Nations Unies et quantité d’autres objets, qui prolifèrent sur Internet. On va même jusqu’à « verdir l’Internet » lui-même. Comment s’y prend-on ? On nous le dit en toutes lettres :
« La première démarche nécessaire pour « verdir » l’internet est de limiter la quantité d’énergie utilisée : lutte contre le gaspillage, accroissement de l’efficacité énergétique et rationalisation des usages » (référence)
Et l'homme même ? « Pouvons-nous verdir l’être humain ? » C’est en tout cas la question que pose, sans angoisse apparente, le site écolo info le 2 septembre 2009. Les réponses m’ont peu convaincu sur la réalité du verdissement envisagé. Mais, linguistiquement, il reste possible…
Michel Arrivé
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