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- Volume 29 -

 

VERDIR

Nous avons le plaisir de publier une nouvelle contribution de Michel Arrivé, après celle d'un numéro précédent (cf. LVDV Vol.28). Il s'agit cette fois d'une réflexion sur verdir, un verbe que nous avions brièvement évoqué dans notre volume sur les inchoatifs (cf. LVDV Vol.17). M. Arrivé s'attache ici à décrire son usage contemporain :

« Le discours de “Dany le Rouge” a verdi »

Eh oui, en quarante ans, Dany le Rouge – c’était le surnom de Daniel Cohn-Bendit, à Nanterre, au bon vieux temps de Mai 68 – a changé de couleur. Sinon lui, au moins son discours : il « a verdi ». C’est ce que constatait Françoise Fressoz dans Le Monde du 5 septembre 2009. Comprenez, naturellement, que le discours du bon Dany a pris une couleur écologique – autant dire verte, car écologique et vert en sont aujourd’hui venus à être des synonymes à peu près absolus. Oui, je maintiens à peu près, car dans un petit nombre de cas, la substitution de vert à écologique reste difficile : on le sait depuis Saussure – et d’ailleurs bien avant – la synonymie n’est jamais parfaite.

Pour Dany le Rouge, se pose un grave problème de compatibilité des couleurs : le vert dont il se pare aujourd’hui se combine-t-il agréablement  avec le rouge dont était entièrement vêtu le jeune étudiant de sociologie qu’il était au siècle dernier ? J’avoue avoir quelque inquiétude sur le résultat de la combinaison des deux couleurs… À moins, bien sûr, que le vert n’ait complètement éliminé le rouge.

L ’ emploi métaphorique du verbe verdir se répand à grande vitesse depuis le début du siècle. Pour Dany, son discours verdit, tout court, je veux dire intransitivement. Mais verdir s’accommode facilement de la transitivité : l’inventaire des objets touchés par le verdissement est considérable : on verdit sa politique, le budget, la dette, le bureau des Nations Unies et quantité d’autres objets, qui prolifèrent sur Internet. On va même jusqu’à « verdir l’Internet » lui-même. Comment s’y prend-on ? On nous le dit en toutes lettres :

« La première démarche nécessaire pour « verdir » l’internet est de limiter la quantité d’énergie utilisée : lutte contre le gaspillage, accroissement de l’efficacité énergétique et rationalisation des usages » (référence)

Et l'homme même ? « Pouvons-nous verdir l’être humain ? » C’est en tout cas la question que pose, sans angoisse apparente, le site écolo info le 2 septembre 2009. Les réponses m’ont peu convaincu sur la réalité du verdissement envisagé. Mais, linguistiquement, il reste possible…

Michel Arrivé
copyright-2009

 

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