le 19e siècle

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1800-1900
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Le
19e siècle en France est une période de profonds changements
et d’instabilité politique. Même si la Révolution
française se termine en 1799 avec le coup d’état des brumairiens,
l’onde de choc se prolonge jusque dans le dernier quart du 19e siècle,
lorsqu’enfin la France trouve l’équilibre politique républicain
dont les insurgés de 1789 ont rêvé. L’héritage
social et culturel de l’Ancien Régime est lourd, le pouvoir se
place avant tout là où se trouve la puissance financière.
En même temps, les bouleversements scientifiques et techniques
changent la société française, une nouvelle classe
émerge, celle du prolétariat et des ouvriers, plus mobile,
moins conservatrice que les paysans. Profitant de l’affaiblissement
de l'influence de la noblesse et du clergé sur les affaires du
pays, la bourgeoisie libérale et réformatrice s’affirme
désormais comme la classe sociale déterminante, stimulant
l'essor industriel. Après la fin des ambitions napoléoniennes,
les mutations s’opèrent lentement sur fond de crises et de ruptures
qui reviennent avec une surprenante régularité tous les
vingt ans. Deux empires (1803-1814; 1852-1870), trois monarchies (1815-1824;1825-1830;
1830-1848), deux républiques (1848-1852; 1870), trois révolutions
(1830, 1848, 1871), cette liste simplement numérique récapitule
un siècle de vives turbulences dans l'histoire d'un pays en route
vers une réconciliation nationale.
Le Consulat et l’Empire (1800-1814)
Le
coup d’état du 18 brumaire n’est qu’un premier pas dans l’ascension
rapide de Bonaparte au sommet du pouvoir. La Constitution de
l’An VIII, préparée par les brumairiens du Consulat,
confirme la prééminence du jeune général
lorsqu’il est nommé premier consul en janvier 1800. Deux
autres mesures importantes révèlent également la
mentalité jacobine du nouveau dirigeant, soucieux de centraliser
le pouvoir autour de sa personne. La première mesure concerne
l’administration, avec la création des préfets,
hauts-fonctionnaires nommés par l’Etat et qui ont pour mission
principale de faire appliquer les décisions du pouvoir central
et veiller à l’ordre des départements (préfectures)
dont ils ont la charge. La seconde mesure concerne la création
de la Banque de France, chargée de veiller à l’unité
de la politique monétaire du pays. Cette Banque de France établira
d’ailleurs en 1803 une nouvelle monnaie, le franc germinal, qui restera
stable jusqu’en 1914.
Fidèle
à ses idées inspirées du club des Jacobins, Bonaparte
poursuit l’oeuvre politique de la Révolution : en 1801 est proclamé
le Concordat, par lequel l’Eglise et le clergé, tout en
conservant le soutien financier de l’Etat, ne sont plus associés
aux affaires du gouvernement. Le catholicisme n’est donc plus religion
d’Etat, mais demeure statutairement la première religion des
Français. Le Concordat est un premier pas vers la séparation
officielle de l’Eglise et de l’Etat, qui n’interviendra définitivement
qu’en 1905. Par ailleurs, l’aspect législatif du pouvoir judiciaire
se trouve soigneusement déterminé par le Code civil,
qui définit les droits et les libertés du corps social,
citoyens et corporations. Ouvrage original et unique, il marque la singularité
française en matière de législation, il réaffirme
des acquis de la Révolution, tels que la liberté d’entreprise
et de la concurrence, ainsi que les droits fondamentaux des paysans
en confirmant l’abolition des privilèges et le droit de propriété.
En revanche, le code civil favorise une société qui repose
sur l’autorité paternelle, plaçant les femmes sous la
tutelle des hommes, renforçant le pouvoir des patrons sur les
ouvriers.
Le
sacre de Napoléon 1er, empereur des Français, se
déroule en décembre 1804 à Notre-Dame de Paris,
en présence du pape venu de Rome. Le nouveau monarque absolu
du peuple français est désormais prêt à conquérir
l’Europe, et peut-être même le monde. Cette conquête
commence cependant par une défaite contre les Anglais conduits
par l’amiral Nelson, qui détruisent complètement la flotte
française à Trafalgar, au large des côtes d’Espagne,
en novembre 1805. Cette défaite va assurer à l’Angleterre
la maîtrise des mers et la poursuite de ses ambitions coloniales
aux dépens de la France, son concurrent principal. Ce revers
maritime français est toutefois réparé par une
série de victoires éclatantes des troupes impériales
à Austerlitz (décembre 1805) contre les armées
austro-russes et à Iéna, l’année suivante, contre
la Prusse. En 1807, de nouvelles victoires contre la Prusse (Eylau et
Friedland), qui permettent à Napoléon d’installer son
frère Jérôme sur le trône de Westphalie, ainsi
qu’un traité d’alliance avec le tsar de Russie (Tilsit), assurent
à la France sa domination sur une vaste partie de l’Europe. Mais
Napoléon pense toujours à l’Angleterre, protégée
par les mers, et l’empereur décide en 1808 d’instaurer un blocus
économique, interdisant tout commerce européen avec
les Iles britanniques. En 1809, Napoléon remporte à nouveau
une victoire à Wagram, contre les Autrichiens, ouvrant les territoires
de l’Adriatique à l’empire français. En 1811, cet empire
a atteint son apogée, les membres de la famille de Napoléon
sont à la tête des différents états sujets
de l’Empire. En même temps, l’insatisfaction monte et la résistance
s’organise : la Prusse restaure son armée et la Russie rompt
le traité de Tilsit, forçant les troupes françaises
dans une campagne militaire en Russie qui se terminera par une retraite
désastreuse où près de la moitié de la Grande
Armée est anéantie.
La
retraite de Russie amorce le déclin de l’Empire. En 1814, l’Europe
entière forme une coalition contre la France, entraînant
une confrontation à Leipzig, où les troupes françaises
sont battues. La France est alors envahie et l’empereur doit abdiquer.
Il est fait prisonnier et déporté à l’île
d’Elbe, au large des côtes de Toscane. Napoléon s’en échappe
cependant l’année suivante et en mars 1815, il parvient à
reprendre le pouvoir, revenu depuis son départ à Louis
XVIII, frère de Louis XVI. Mais ce retour de "l’ogre corse",
ainsi qu’il est surnommé, est de courte durée, il se conclut
par une ultime défaite contre les Anglais et les Prussiens le
18 juin, à Waterloo (Belgique). Les Cent Jours de Napoléon
sont terminés, il est cette fois exilé à Sainte-Hélène,
une petite île située dans l’Atlantique sud, à 6000
kilomètres de la France. La vie de Napoléon s’achève
ici en 1821.
La
fin de l’Empire coïncide avec la fin de la période révolutionnaire
en France et des guerres continuelles qui l’ont marquée. Vingt
ans de conflits ont fait plus de trois millions de morts en Europe,
la France de 1815 est diminuée économiquement et socialement
profondément divisée; avec le traité de Paris qui
lui retire la Savoie, son territoire est réduit par rapport à
l’état de ses frontières en 1789. Plus encore, l’image
de la France s’est fortement détériorée, tous ses
voisins se méfient désormais de cette nation révolutionnaire,
ambitieuse et guerrière. Associant principalement l’Angleterre,
l’Autriche et la Russie, la Sainte-Alliance est alors formée,
elle prévoit une intervention militaire commune contre la France
si la menace se réveillait à nouveau.
Le retour de la monarchie (1815-1848)
Après
l’épisode napoléonien des Cent Jours, la réinstallation
de Louis XVIII sur le trône de France en juillet 1815 marque
le début de la Restauration et le retour de la monarchie
de droit divin en France. Cependant, le nouveau roi ne peut ignorer
un quart de siècle de réformes et de changements. Il "octroie"
ainsi au pays une Charte, qui n’est pas une constitution car
elle dépend exclusivement du bon vouloir du monarque, mais elle
maintient certains acquis fondamentaux de la Révolution, notamment
ceux qui sont à l’avantage de la bourgeoisie. La Charte permet
aussi la formation de partis, et l’assemblée se divise aussitôt
en trois courants principaux : à gauche, les libéraux
défendent les libertés de 1789; au centre, les constitutionnels
sont partisans d’une Charte ouverte et démocratique; enfin, à
droite, les ultra-royalistes, soutenus par la noblesse, souhaitent
le rétablissement des anciens privilèges. La Charte établit
également le "suffrage censitaire", par lequel une
certaine catégorie de la population - les plus riches - peut
bénéficier, en l’achetant, du droit de vote. Sur une population
de 32 millions d’habitants que compte la France à l’époque,
environ cent mille personnes bénéficient de ce droit.
Le
règne de Louis XVIII (1815-1825) représente une période
de calme et favorise une certaine prospérité économique
pour le pays. Dans une atmosphère de relatif libéralisme
politique, une réconciliation nationale s’opère entre
le peuple ordinaire et la bourgeoisie d’une part - qui souhaitent éviter
un retour à l’ordre ancien - et d’autre part les "émigrés"
de la noblesse qui reviennent au pays, forcés à s’ajuster
aux réalités nouvelles. Un changement de climat intervient
cependant lorsque Charles X, frère de Louis XVIII, accède
au trône en 1825. Les sympathies de Charles X envers le camp royaliste
sont connues, et une partie de la noblesse croit alors que le moment
est venu pour un retour à l’Ancien Régime. Charles X se
fait d’ailleurs sacrer à Reims, selon la tradition dynastique
et l’une de ses premières mesures est d’accorder aux anciens
propriétaires de bien nationaux une forte indeminité,
ce qui provoque la colère des libéraux. Charles X s’emploie
ainsi à affaiblir pendant son règne les prérogatives
de la Charte qu’il juge trop libérales. En mai 1830, il dissout
l’Assemblée, espérant ainsi reconduire une majorité
élargie; le même mois, dans le but de consolider son autorité
et de favoriser de nouveaux débouchés commerciaux aux
pays, Charles X ordonne une expédition militaire contre la ville
d’Alger, qui est finalement prise en juillet. Toutefois, si l’expédition
d’Alger est un succès, la dissolution de l’Assemblée aboutit
à un échec, car l’opposition libérale sort renforcée
de ces élections. Charles X tente alors un coup de force : par
une série d’ordonnances, il dissout à nouveau la Chambre,
supprime la liberté de la presse et réduit le nombre d’électeurs
en augmentant le "prix" du droit au vote (le "cens").
Ces mesures provoquent la colère du peuple parisien, qui se révolte
au cours de journées nommées les "Trois Glorieuses",
les 27, 28 et 29 juillet. L’insurrection provoque finalement la chute
de Charles X, et son exil.

C’est
au duc d’Orléans, descendant de Louis XIII, que revient le trône
de France, qu’il assumera sous le nom de Louis-Philippe. Le nouveau
roi n’apporte pas de changements radicaux à la Charte, mais durant
son règne, la menace d’un retour au pouvoir des royalistes se
fait moins pressante. Au plan de l’expression publique, les libertés
de la presse sont fortement réduites à partir de 1835,
à la suite d’un attentat manqué contre le roi. Alors que
peuple continue à être tenu à l’écart du
pouvoir, le suffrage censitaire est élargi, ce qui renforce le
poids politique de la bourgeoisie libérale, qui bénéficie
par ailleurs de l’expansion économique et industrielle du pays,
surtout après 1840. L’industrie textile, la construction de machines,
la métallurgie se développent fortement, favorisées
par l’essor des chemins et fer et l’extraction du charbon. Ces industries
s’installent dans certaines villes et régions (le Nord, Paris,
Lyon) où main d’oeuvre et matières premières sont
disponibles. Ces développements entraînent la formation
d’une population ouvrière, le prolétariat, réceptive
aux idées émergentes de théoriciens socialistes,
dits "utopistes", tels que le comte Henri de Saint Simon
(1760-1825) et Fourier (1772-1732), qui dénoncent la société
capitaliste naissante, créée par la bourgeoisie.
C’est
sous la monarchie de juillet de Louis-Philippe qu’a lieu un véritable
réveil de la création littéraire, plutôt
endormie pendant la Révolution et l’Empire. En 1830, Victor
Hugo présente sa pièce Hernani, qui bouleverse
les conventions classiques du théâtre, tout en faisant
la synthèse de l’esprit du romantisme,
un mouvement autant artistique que politique par lequel se définissent
la plupart des oeuvres et des auteurs de l’époque, tels que Balzac
et Stendhal pour
le roman, Lamartine
et Hugo pour la poésie, Delacroix et Géricault
pour la peinture, Berlioz pour la musique. Les thèses
essentielles du romantisme soutiennent qu’il faut rompre avec les formes
contraignantes du classicisme, laisser libre cours à l’expression
individuelle et aux sentiments, donner une place aux masses populaires,
privées du droit de parole. C’est dans ce contexte de foisonnement
d’idées généreuses, héritières des
penseurs des Lumières,
que se préparent lentement de nouveaux changements politiques.
La seconde République (1848-1852)
La
fin du règne de Louis-Philippe est précipitée par
une crise économique qui apparaît en 1847, les mauvaises
récoltes, la baisse des ventes industrielles entraînent
une montée rapide du chômage et du mécontentement.
L’opposition libérale exige des réformes, les paysans
et les ouvriers réclament du travail. Le gouvernement, inquieté
par cette agitation, interdit en février 1848 un banquet
de protestation prévu à Paris. Une nouvelle fois, la foule
parisienne se révolte, organise des barricades dans la capitale;
le 23 février, le roi renvoie Guizot, son premier ministre, tandis
que la garde royale tire sur les manifestants, faisant une cinquantaine
de morts. Le roi abdique le lendemain et aussitôt, la République
est proclamée. Le gouvernement provisoire est dirigé par
Lamartine, un républicain modéré, mais il
comprend aussi des membres plus radicaux, tels que le socialiste Louis
Blanc, ainsi qu’un simple ouvrier, nommé Albert. Le gouvernement
adopte le drapeau tricolore, abandonné depuis la Restauration.
D’autres
mesures suivent très vite : le suffrage universel,
qui exclut néanmoins la moitié de la population, les femmes;
le droit au travail, qui astreint le gouvernement à
fournir du travail à tous. Cette mesure, très coûteuse
pour l’Etat, conduit à la création des ateliers nationaux,
permettant ainsi aux chômeurs de retrouver un revenu. La journée
de travail est fixée à dix heures maximum; la peine de
mort pour délit politique est abolie; la liberté totale
de la presse est assurée; enfin, l’esclavage dans les colonies
est aboli. Cette République sociale est généreuse,
idéaliste, elle est le fruit d’idées et de combats d’hommes
dont l’expérience politique et de gestion des affaires est cependant
limitée. Pour cette raison, l’enthousiasme du début ne
peut résister à une montée persistante de l’agitation.
En fait, les républicains sociaux se retrouvent minoritaires
à l’Assembée dès les premières élections.
Les ateliers nationaux sont supprimés en juin, quelques mois
après leur création, provoquant des manifestations d’ouvriers
qui sont durement réprimées par l’armée. La bourgeoisie
conservatrice, inquiète de voir l’anarchie s’installer dans le
pays, s’associe avec les monarchistes pour adopter en novembre une nouvelle
Constitution qui met le pouvoir entre les mains d’un président,
éligible pour quatre ans seulement. Proposé par Thiers
(qui avait déjà soutenu en 1830 Louis-Philippe), le nouveau
président sera largement élu par le peuple français,
dès décembre 1848, il s’appelle Louis-Napoléon
Bonaparte, il est le neveu du grand empereur.
Encore
une fois, ce mouvement populaire qui fait tomber dictatures et régimes
autoritaires va être progressivement étouffé par
le nouvel arrivant. L’Assemblée, qui renforce dès 1849
sa majorité de députés conservateurs et monarchistes,
vote en 1850 des lois allant clairement à l’encontre de l’esprit
révolutionnaire de 1848 : l’enseignement est pratiquement confié
à l’Eglise et une nouvelle loi électorale supprime de
facto le vote ouvrier en imposant une résidence continue
d’au moins trois ans, ce que la plupart des ouvriers, forcés
à l’errance dans leur quête de travail, ne peuvent pas
établir. Le corps électoral passe ainsi de près
de dix millions en 1848 à un peu moins de 7 millions. Par ailleurs,
devant une Assembée réticente, le président cherche
à prolonger de dix ans son mandat, qui doit s’achever en 1852,
ainsi qu’il est prévu par la Constitution. Le 2 décembre
1851, jour anniversaire du sacre de Napoléon 1er et de la victoire
d’Austerlitz, Louis-Napoléon Bonaparte réalise son propre
coup d’Etat, un peu plus d’un demi-siècle après le 18
Brumaire de son oncle illustre. Il dissout l’Assemblée nationale,
restaure le suffrage universel, rédige une nouvelle Constitution
et organise un plébiscite pour ratifier sa prise de pouvoir.
L’armée réprime durement les insurgés et arrête
les opposants dont une dizaine de milliers sont déportés
en Algérie et en Guyane. Bonaparte remporte le scrutin, grâce
au nombre important d’abstentions et au vote conservateur massif des
paysans et de la bourgeoisie des provinces, qui craignent le retour
de l’anarchie. Un an plus tard, le 2 décembre à nouveau,
le président contraint le Sénat, dont les membres sont
tous nommés par lui, à accepter une nouvelle Constitution
proclamant le second Empire. La seconde République est
définitivement morte, elle n’a jamais bien vécue.
Le second Empire (1852-1870)
Sans
grande surprise, le nouvel empereur Napoléon III s’attache
dès le début de son règne à renforcer son
emprise sur la nation. La police joue un rôle prépondérant
dans ce contexte, elle est chargée de surveiller de près
les citoyens et d’éliminer toute opposition. La presse est étroitement
contrôlée par une série de lois qui obligent les
journalistes à obtenir une autorisation avant de publier; le
droit de réunion est limité, la correspondance est secrètement
épiée. Victor Hugo est forcé à l'exil. En
province, une propagande soigneusement entretenue vante les mérites
du régime. L'empereur épouse en 1853 une comtesse espagnole,
Eugénie Maria de Montijo de Guzman, admirée en France;
tout en exerçant une influence importante sur l'empereur, elle
entretiendra une longue amitié avec la reine Victoria. Cette
situation où règne l’ordre rassure la bourgeoisie industrielle,
un climat économique favorable s’installe, le marché du
travail s’améliore sensiblement. En 1857, assuré de son
assise politique, l’empereur dissout l’Assemblée. Les élections
lui renvoient une majorité massive : 90% des nouveaux députés
sont dans son camp. L’année suivante, Napoléon III et
l'impératrice Eugénie échappent à une tentative
de meurtre par un activiste italien, Felice Orsini; cet attentat provoque
aussitôt la promulgation d’une loi de sûreté générale
qui entraîne l’arrestation de centaines d’opposants au régime.
Sur
le front extérieur, l’Empire cherche à affirmer son influence
et à élargir son domaine colonial : la Nouvelle-Calédonie
est annexée en 1853; la conquête du Sénégal
débute en 1854; la totalité de l’Algérie est désormais
acquise avec l’occupation de la Kabylie en 1857; Napoléon III
visite l'Algérie en 1860; en Chine, la France
reçoit des concessions dans plusieurs villes à la suite
des traités de Nankin (1842) et de Tientsin
(1858); l’armée française intervient aussi au Liban (1860),
puis au Mexique (1861); enfin, un protectorat sur le Cambodge
est instauré en 1863. Parallèlement à ces expéditions
militaires, la multiplication d’oeuvres littéraires révèle
un intérêt croissant pour les contrées lointaines
: Un Voyage en Orient (1851) de Gérard de Nerval;
le Roman de la Momie (1857) de Théophile Gautier,
une fresque littéraire sur une Egypte idéalisée;
Salammbô (1862) de Gustave Flaubert, écrit
après un voyage en Turquie et en Egypte en 1849-51. Les peintres
voyagent également, physiquement ou mentalement, trouvant l’inspiration
dans de nouveaux thèmes et lumières : Delacroix
et Gérôme en particulier, mais aussi Ingres,
qui n'a jamais visité l'Orient, et plus tard, Renoir.
Par
ailleurs, cette seconde moitié du 19e siècle inaugurée
par l’Empire consacre un nouvel état d’esprit et des mentalités.
Les progrès spectaculaires de la science dans tous les domaines,
et surtout leurs multiples applications pour l’activité industrielle
favorisent l’émergence d’une pensée rationaliste qui affirme
la prééminence de l’empirisme scientifique dans toute
activité humaine. Dans la lignée des philosophes des Lumières
qui défendaient la supériorité de la raison sur
la superstition, Auguste Comte (1798-1857) est le maître
à penser de ce nouveau positivisme, qui fonde la sociologie
moderne. En revanche, d’autres théoriciens font dériver
ce nouvel esprit vers des théories racialistes inspirées
de l’évolutionnisme darwinien : Essai sur l’inégalité
des races humaines (1853) du diplomate Arthur Gobineau (1816-1882);
Les lois psychologiques de l'évolution des peuples (1894)
du médecin-naturaliste Gustave Le Bon (1831-1941). La
production littéraire est marquée également par
ce nouvel esprit : avec l’essoufflement du romantisme politique et artistique,
la générosité et l’idéal font place à
un certain réalisme dans le style et les sujets traités.
Ce réalisme est déjà présent dans les oeuvres
de Balzac et de
Flaubert, mais
il s’affirme plus encore avec les écrits de Maupassant,
des frères Goncourt,
et plus tard d’Emile Zola,
le chef de file du naturalisme, une vision de la littérature
censée rendre compte de la société et de ses phénomènes
avec le maximum de vérité et d’objectivité.
A
partir de 1860, un certain libéralisme politique s’installe progressivement
en France. Napoléon III, dont la santé se détériore,
a perdu beaucoup de son crédit auprès des industriels
français après la signature d’un accord commercial avec
l’Angleterre qui ouvre à cette dernière le marché
français; par ailleurs, le clergé est mécontenté
par un accord diplomatique avec le Piémont qui rend la Savoie
et Nice à la France mais fait perdre une province à la
papauté de Rome. L’empereur cherche ainsi à se réconcilier
avec le peuple en accordant plus de libertés à la presse
et aux assemblées, où la représentation républicaine
s’agrandit peu à peu. En 1864, le droit de grève
sous certaines conditions est accordé, les organisations syndicales
sont tolérées. En 1867, les députés bénéficient
du droit d’interpellation, qui peut forcer les ministres à
venir défendre leur politique devant le corps législatif.
En 1868, les lois sur la presse sont supprimées, les réunions
électorales sont autorisées. Aux élections législatives
de l’année suivante, l’opposition gagne un nombre de représentants
sans précédent, conduisant à l’adoption le 20 avril
1870 d’une nouvelle Constitution à caractère parlementaire
et véritablement démocratique par laquelle les deux chambres
détiennent le pouvoir législatif et les ministres sont
responsables devant elles. Pour ratifier cette Constitution, Napoléon
III convoque un nouveau plébiscite qu’il remporte avec un nombre
de voix pratiquement égal à celui obtenu lors de son coup
d’état de 1851. Cet extraordinaire retournement sera cependant
de courte durée : à l’automne, la guerre contre la Prusse
va changer toutes les données.
La IIIe République (1870-1940)
Forcée
à entrer en guerre par la Prusse de Bismarck, la France, mal
préparée, subit immédiatement un revers : Napoléon
III est fait prisonnier à Sedan le 1er septembre 1870 et Paris
est assiégé par les troupes prussiennes. A l’intérieur
de la capitale, la résistance s’organise. Gambetta, député
républicain, proclame le 4 septembre la fin de l’empire et la
nouvelle IIIe République avant de rejoindre
en ballon la ville de Tours. Le siège de Paris dure plus de quatre
mois, provoquant une famine, aggravée encore par une vague de
froid sans précédent. Des élections législatives
en février 1871 renvoient à l’Assemblée une majorité
de députés monarchistes qui sont favorables aux conditions
de paix imposées par la Prusse. Une nouvelle fois, il apparaît
évident que si Paris et les grandes villes sont républicaines
et jacobines, la province est conservatrice et monarchiste. En mars,
le gouvernement nouvellement élu, avec Thiers à la tête
de l’exécutif, s’installe à Versailles, tandis que le
peuple de Paris forme un gouvernement insurrectionnel, la Commune.
Les communards adoptent le drapeau rouge, dénoncent l'armistice
avec l'Allemagne, proposent des réformes fondamentales en faveur
des ouvriers et pour l’éducation (école laïque et
gratuite). Les Versaillais organisent un nouveau siège de la
capitale et le 21 mai, l’assaut final contre les fédérés
de Paris est ordonné. De violentes batailles ont lieu pendant
une semaine, faisant de nombreux morts. La supériorité
en nombre et en armes des Versaillais donne finalement la victoire au
gouvernement légitimiste. Une des plus terribles répressions
de l’histoire de France prend alors place : 25000 Parisiens sont fusillés,
une autre dizaine de milliers sont condamnés et déportés.
Le mouvement ouvrier est totalement décapité, la première
révolution prolétarienne anticapitaliste est écrasée.
La Commune possède une héroïne, Louise Michel,
institutrice, qui a participé à tous les combats. L'Etat
ne fusillant que les hommes, elle est jugée puis déportée
en Nouvelle-Calédonie. Elle est amnistiée en 1880, avec
tous les autres communards. Elle a publié ses Mémoires
en 1886.
Le
traité de paix de Francfort (10 mai 1871) contraint la France
à abandonner à l’Allemagne ses deux provinces à
la frontière du Rhin, l’Alsace et la Lorraine. La France doit
aussi payer une lourde indeminité de guerre, mais pour l’essentiel,
la "République sans républicains" est sauvée.
En 1873, le conservateur Thiers est remplacé à la tête
du pouvoir exécutif par un légitimiste, le maréchal
Mac-Mahon, qui a dirigé la répression contre la
Commune. Le gouvernement poursuit alors une politique active de promotion
de valeurs morales, tout en surveillant de près une possible
renaissance du mouvement ouvrier. A l’occasion de révisions des
lois constitutionnelles, Mac-Mahon est officiellement désigné
en 1875 président de la République, le chef de
l’Etat sera désormais élu pour sept ans. Mais dès
l’année suivante, le climat politique se retourne, les républicains
reviennent en force dans les chambres, qu’ils contrôlent totalement
en 1879, forçant la démission de Mac-Mahon.
La
démocratie républicaine est désormais installée
en France, elle ne sera interrompue que quelques années au cours
du siècle suivant, pendant la seconde Guerre mondiale. Or, le
camp républicain se partage déjà entre réformistes
(radicaux) et modérés ("opportunistes"). C’est
le camp des modérés qui domine l’Assemblée, et
sous la présidence du premier chef de l’Etat républicain,
Jules Grévy, le premier ministre Jules Ferry prend
en 1881 l’initiative de mesures populaires : liberté totale pour
la presse et enseignement primaire laïc et gratuit pour tous, obligatoire
de 6 à 13 ans. La liberté d’association sera votée
en 1884, de même que l’élection des maires des communes,
jusque là désignés par l’Etat. Cette même
année, il est décidé que Paris sera l'hôte
d'une Exposition Universelle en 1889, pour fêter le centenaire
de la Révolution. En 1887 commence alors la construction d'une
étrange structure de fer qui doit célébrer la puissance
industrielle de la France. Deux ans plus tard, la Tour Eiffel
est achevée,
Entretemps,
la politique coloniale française se poursuit, nettement plus
agressive, soit sous forme de protectorat, qui laisse une marge
de souveraineté aux peuples soumis par la France, soit sous forme
de colonisation pure et simple, l’administration du pays occupé
dépendant directement de la métropole. La première
forme est en fait souvent le prélude à la seconde. Entre
1874 et 1900, les corps expéditionnaires font tomber de nombreuses
régions sous la tutelle française : en Afrique, après
l’Algérie, c’est le Congo, le Soudan, la Tunisie, le Maroc, le
Gabon, le Niger, le Dahomey, le Tchad, la Haute-Volta, Madagascar. En
Asie, que l'on atteint beaucoup plus facilement depuis la mise en service
en 1869 du canal de Suez, la péninsule indochinoise (Annam, Cambodge,
Laos) passe entièrement sous contrôle français.
En Chine, la France renforce ses positions dans le sud (Yunnan, Canton)
mais aussi sur la côte est, à Shanghaï; en 1900, la
France participe au corps expéditionnaire européen qui
écrase la révolte des Boxers. Le domaine colonial de la
France atteint son apogée durant cette période, il couvre
une superficie seize fois plus grande que celle de la métropole.
La
droite républicaine se maintient au pouvoir exécutif mais
doit faire face à la montée de l’opposition de la gauche
radicale, ainsi que des socialistes. Le peuple français se méfie
également de ce gouvernement né du massacre de la Commune,
qui a épousé les valeurs bourgeoises, et dont la corruption
de certains de ses membres devient apparente à la suite de quelques
"affaires". En 1891, le jour de la Fête du Travail,
célébrée par les ouvriers depuis l’année
précédente, les troupes tirent sur un rassemblement de
manifestants à Fourmies (Nord) qui réclament la journée
de travail limitée à 8 heures. En 1893, la menace socialiste
se fait plus pressante, 50 députés, dont Jules Guesde
et Jean Jaurès, arrivent à la Chambre. L’année
suivante, le président Sadi Carnot est assassiné
par un anarchiste italien qui voulait venger ses camarades militants
condamnés à mort et dont la grâce avait été
refusée par le président.
Le
siècle se conclut par une "affaire" qui révèle
clairement les divisions profondes au sein des Français : le
procès du capitaine Dreyfus, un officier juif de l’armée
française condamné injustement en 1894 pour trahison et
espionnage. L’écrivain Emile Zola prend la tête
du mouvement dreyfusard lorsqu’il publie le 13 janvier 1898 dans le
journal L’Aurore une lettre ouverte au président, intitulée
J’accuse, dans laquelle il dénonce une série
d'officiers qui ont manipulé l'instruction. Cet article, qui
vaut une condamnation à son auteur et son exil pour un an, provoque
un débat sans précédent dans la société
française, mettant au jour les tendances xénophobiques
d’une section de la population française, représentée
par la droite nationaliste, militariste et antisémite. La République
est même mise en danger, ce qui provoque une alliance entre socialistes
et modérés. L’Affaire Dreyfus révèle aussi
le rôle naissant de la presse écrite, un "quatrième
pouvoir" qui ne cessera pas de s’affirmer au cours du 20e
siècle.
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© Denis C.
Meyer-2003
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